L’homme a des qualités que sa compagne ne possède pas: il est grand! franc! généreux! La femme souvent use de ruse, de duplicité, de finasserie. On l’accuse d’être ennemie de la vérité! On dit qu’il est aussi dangereux de lui confier un secret qu’un projet; car elle révèle l’un, elle s’approprie l’autre.
Cette difformité morale du sexe féminin, qui fait se garer les femmes les unes des autres et retarde le groupement émancipateur, est cependant purement artificielle; c’est une déviation qui résulte de la condition, une déformation due à l’état d’esclavage.
De même que l’être physique privé d’air et de liberté, l’être moral immobilisé dans la sujétion se tord et s’enlaidit. Que l’on soumette la femme à l’action vivifiante du soleil de justice et ses mauvais instincts disparaîtront.
Toutefois, si la femme étale avec une sorte d’inconscience les vices de l’esclave, il faut reconnaître qu’elle fait aussi montre de qualités et, entre toutes, de cette aptitude à la prévoyance qui, en dépit du dénûment, lui permet de subsister.
Que ferait-on dans les ménages pauvres sans l’esprit précautionneux de la femme?
Si la prévoyance féminine, si précieuse pour la famille, était utilisée pour la nation; si la femme ménagère dans la maison était ménagère dans l’Etat. Toutes mesures seraient prises pour qu’on ne paie point cher les aliments.
Il est incompréhensible, que la femme chargée de ravitailler la maison n’ait pas le pouvoir de rendre ce ravitaillement facile, en assurant l’approvisionnement du marché.
Si l’on ne retirait honneurs et profits quand on s’emploie dans l’Etat, il est probable que le sexe masculin aurait laissé la prévoyance féminine intensifier la vitalité et accroître le bien-être de la nation. Mais comme il y a, pour qui est censé s’occuper du grand ménage public, une bonne rétribution et des croix de la légion d’honneur, les hommes ont dit: «Nous nous chargeons de préserver de la faim les estomacs!»
Or, l’alimentation des Français, même en temps normal, n’est point assurée.
Si les femmes contribuaient à répartir les budgets comme elles contribuent à les former, elles ne laisseraient pas subsister pour la majorité de la nation l’absence de garanties contre la mort par la faim; et, pour la minorité, la profusion des jouissances, la vigilance à prévenir les désirs.