La prudence conseille de ne plus confier à l’homme, le soin d’assumer seul, sans le concours de la femme, la responsabilité de la vie humaine.

C’est parce que la ménagère est exclue des conseils de la nation, qu’il y a souvent disette au lieu de surabondance.

*
* *

Le Français qui sacrifie dans l’Etat l’indispensable au superflu est dans la maison un être très positif. Si pauvre qu’il soit, il veut le bien-être: logement, vêtements chauds l’hiver, en toutes saisons bonne table.

Quand il s’agit de réaliser avec un maigre budget ce desideratum, quel embarras dans le ménage! On calcule, on additionne, on soustrait; l’homme se décourage, la femme s’ingénie, elle augmente la valeur d’emploi de l’argent et parvient à faire face aux dépenses.

Le mari, qui ne manque de rien, qui se trouve plutôt à son aise, finit par se reposer complètement sur le savoir-faire de sa femme, il la laisse pourvoir à tout. Point avare d’éloges d’ailleurs, il apprend à chacun qu’avec peu d’argent, sa compagne lui fait une vie confortable. La logique permettrait de supposer que tous les maris, plus satisfaits les uns que les autres de la manière dont leurs épouses gèrent le budget familial, vont proposer de mettre à profit leur habileté pour la gestion du budget national.

Profonde erreur, ces messieurs entendent se réserver le monopole de la compétence, en matière administrative; et s’attribuer, à eux exclusivement, toute fonction rétribuée.

Le préjugé fait s’éterniser le masculinisme; cependant, nous ne serons une démocratie que le jour où les femmes exerceront en France leurs droits civiques comme les hommes; car «la démocratie est l’organisation politique dans laquelle tout est véritablement fait par tous et pour tous

Chacun ne comprend-il pas quel intérêt il y aurait à avoir, en même temps qu’une commission d’hommes habitués à dépenser sans compter, une commission de femmes rompues à l’économie, pour contrôler les budgets?

Les Français sont dans l’erreur, lorsqu’ils pensent que la citoyenne ferait disparaître la ménagère. C’est justement le contraire qui aurait lieu; puisqu’il est impossible à la femme d’être une parfaite ménagère, c’est-à-dire, une instauratrice de bien-être, sans devenir une citoyenne.