Interrogez à la campagne et à la ville des hommes de toutes conditions, ils vous répondront qu’une maison sans femmes est la pire des choses; cependant, ces mêmes hommes ne veulent point se rendre compte qu’une commune et un Etat sans femmes, sont bien plus pitoyables encore que la maison d’où l’élément féminin est absent, car le mal-être, restreint ici à quelques individus, se généralise et est là, supporté par toute la population. Présentement, les Françaises ne sont pas représentées dans les assemblées administratives et législatives.

Ce retranchement des femmes de la chose publique, cause au corps social le préjudice et le malaise, que le retranchement d’un organe fait éprouver au corps humain.

Si vous avez un membre ou deux membres supprimés, toute votre personne est affaiblie, amoindrie; de même, la nation, privée de l’activité de la moitié de ses membres, a sa force et son intelligence réduites, est endolorie, paralysée; finalement, voit se rapetisser sa destinée.

Pour que l’individu et la collectivité puissent complètement exister, la première des conditions est que tous les organes du corps humain et que tous les organes du corps social fonctionnent. La république amputée des femmes est aussi réduite à l’impuissance que l’individu amputé d’une jambe et d’un bras.

La population française, qui a deux yeux pour voir et deux pieds pour marcher, se diminue en s’obstinant à ne voir que par le seul œil masculin les difficultés à résoudre et à ne marcher que du seul pied masculin vers les buts poursuivis.

Ce que décide une minorité des Français dans des assemblées où un seul sexe est représenté ne peut convenir à la nation tout entière.

Les hommes clairvoyants se rendent compte de cela; aussi, le nombre augmente de ceux qui osent proposer de s’adjoindre les femmes pour combiner les arrangements sociaux.

Les Françaises qui subissent les lois doivent contribuer à les faire.

Comme le dit fort bien M. Jaurès: «C’est l’humanité complète qui doit agir, penser, vivre, et l’on a bien tort de redouter que le suffrage des femmes soit une puissance de réaction, quand c’est par leur passivité et leur servitude qu’elles pèsent sur le progrès humain.»

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