Aussi longtemps que, comme des pestiférées en quarantaine, les femmes seront tenues à l’écart de la politique, la nation sera sans éducation politique.

Pour que la politique cesse d’être pour l’homme chose ennuyeuse et incompréhensible, il faut qu’elle s’introduise dans le ménage, où elle deviendra une question d’autant plus familière qu’elle sera tous les jours incidemment creusée.

Bien loin d’être une source de division, la politique resserrera les liens entre époux. En élargissant l’horizon intellectuel du home, elle fera souvent succéder à l’amour envolé, l’amour du bien public.

Quand les femmes jouiront des mêmes droits électoraux que les hommes, le sein maternel ne sera plus un milieu où le cerveau s’atrophiera. L’affranchissement de la mère soustraira l’homme à l’abâtardissement utérin qui en fait plus un sujet qu’un citoyen. La maison familiale deviendra une école où électeurs des deux sexes luttant d’émulation feront ensemble, sans y penser, leur éducation politique. Alors, la nation sera plus clairvoyante et aux phrases pompeuses qui retentissent dans les réunions d’électeurs et d’élus, succéderont des émissions d’idées, de plans, d’où pourront découler le bien de l’humanité.

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Présentement, les électeurs pétris du sang et de la chair de dégradées civiques, vivant en tête-à-tête avec des repoussées de la vie publique, sont, par l’atavisme et le milieu ambiant, maintenus en une telle enfance politique qu’ils n’écoutent que les charlatans criant le plus haut, sachant le mieux persuader qu’ils feront couler du bourgogne des fontaines Wallace et tomber, rôties, du ciel les cailles.

C’est seulement quand les femmes voteront, que Français et Françaises, s’instruisant mutuellement en discutant ensemble des affaires publiques, deviendront des électeurs souverains conscients.

Assimiler les femmes aux hommes citoyens, épouvante le Français; nos partisans d’indépendance électorale aiment mieux laisser escroquer à l’électeur son vote que de le rendre promptement capable d’être son propre maître en admettant sa compagne si divinatrice, si investigatrice à coopérer avec lui aux affaires publiques.

On reconnaît que la nation entière saurait mieux qu’une partie de la nation organiser son bonheur; on affirme que les Françaises ont des qualités propres qui complètent les qualités des Français.

On dit que les tournants politiques cesseraient d’être dangereux, si la masse électorale avait pour la guider le jugement sûr et le tact inné de femmes.