La République cessera seulement d’être pour les Françaises une bluffeuse, quand elle leur facilitera le combat pour la vie en les armant du bulletin de vote.

L’ÉDUCATION POLITIQUE DES FRANÇAIS


L’étranger comprend l’horreur que le Français a pour la politique, en entendant le camelot parisien faire ce boniment: «Dans mes journaux, il n’y a pas de politique, tout n’est que blague et rigolade.»

La politique, qui d’après le rusé marchand ferait se sauver les acheteurs, joue cependant un rôle énorme, puisque c’est d’elle que dépend la destinée humaine.

Sous le nom de règlement et de répression, la politique prend à la femme comme à l’homme sa liberté. Sous le nom de taxe, la politique prend à la femme comme à l’homme, son argent. Sous le nom de guerre, la politique prend à l’homme sa vie et à la femme plus que sa vie, la vie de ceux qu’elle aime!

Pourquoi donc cette question suprêmement intéressante répugne-t-elle aux foules, au lieu d’être l’objet de leur constante préoccupation?

—Parce qu’on ne la comprend pas.

Un seul sexe étant admis à faire de la politique, il n’est point séant d’en parler. De sorte que la politique, qui se réduit à sauvegarder ou à mettre en péril les intérêts généraux et particuliers, est considérée comme une science inaccessible même aux hommes qui se distinguent dans leur art ou leur profession. Et l’indifférence pour les affaires du pays menace de se perpétuer.

Comment l’homme s’initierait-il à la politique, pendant que la femme, avec laquelle il est sans cesse en tête à tête, n’est pas admise à en chercher avec lui le mécanisme?