*
* *
Ce ne sera qu’en unifiant la condition de l’homme et de la femme que l’on unifiera la manière de voir des Français.
Dire à la Française, de cesser d’être coquette, sans lui donner le moyen d’améliorer son sort en votant, c’est la maintenir en une immobilité mentale qui paralysera la marche en avant.
La femme doit voter, car il n’y a place au soleil de la République que pour qui dispose d’un vote. Et, ce ne sont pas seulement les femmes, c’est la nation entière qui souffre de l’annulement politique des Françaises.
Les hommes n’ignorent point cela; cependant, à quelque parti qu’ils appartiennent, réactionnaires et républicains, ils sont d’accord pour faire envisager le vote des femmes comme un danger public.
En notre France qui garde l’empreinte monarchiste de la loi salique, le fantôme de la femme politique est aussi redouté que le spectre rouge. Ce ne sera, cependant, qu’à l’aide de celle-ci que l’on pourra triompher de celui-là. Les femmes étant seules assez nombreuses pour mettre à la raison les perturbateurs.
*
* *
Bien que l’on sache, que les femmes sont pourvues de facultés qui feront se transformer sans violences la société et que partout où les femmes ont voté, elles ont mis leur zèle et leur énergie au service des partis avancés, les révolutionnaires repoussent le bulletin pondérateur de la femme, et les radicaux évolutionnistes ne s’empressent pas d’utiliser ce bulletin pondérateur, qui leur assurerait le gouvernail de la barque sociale.
Si les hommes d’opinions si opposées s’entendent pour représenter comme un épouvantail le vote des femmes, c’est qu’ils sont d’accord pour continuer à accaparer les bénéfices électoraux; et, qu’ils trouvent avantageux de tenir les sièges législatifs de la force du nombre des femmes, sans avoir besoin d’obtenir leurs bulletins.
Pour faire s’activer l’évolution de l’humanité, il faut mettre la femme au niveau de l’homme, afin que les deux êtres équivalents qui se complètent ne cheminant plus en des voies différentes, marchent du même pas vers la justice sociale.