Tenir les femmes hors des salles de vote où tout se projette et à l’écart du Parlement où tout se résoud, c’est les désigner d’avance pour être sacrifiées.
Les femmes seront plus considérées, mieux rétribuées, quand elles exerceront leurs droits politiques. Et, l’humanité entière a intérêt à ce qu’elles exercent leurs droits politiques; car, on ne peut sans nuire à l’espèce, sans amoindrir l’homme, garder infériorisée la femme, qui imprime à la société sa marque de fabrique, puisque matrice de la nation, elle est le moule qui forme tous les Français.
Afin de se justifier d’annuler les femmes, les hommes spoliateurs les incriminent d’attachement aux vieux usages; alors, qu’il est surabondamment prouvé qu’en dépit de toutes les entraves, elles ne sont pas plus qu’eux ennemies du progrès.
Les femmes sont les premières à utiliser les innovations; on les a vues adopter pour la locomotion tous les nouveaux systèmes.
La femme que l’homme déprécie afin de pouvoir, en la spoliant de ses droits, l’opprimer et l’exploiter, n’est pas plus que lui bornée, elle doit donc être autant que lui électeur.
Soutenir que la dégradée civique, que la serve obligée de singer son maître peut avoir sur lui une influence occulte pour le bien, semble être moins encore une erreur qu’une ironie.
L’homme ne reçoit pas d’en bas ses impressions morales; et, aussi longtemps que la femme sera au-dessous de lui, elle pourra l’amuser, le charmer; non changer sa manière de voir et de faire, non le métamorphoser; car si l’être dit supérieur condescend à demander à l’être dit inférieur le secret du mal, jamais il ne lui demande le secret du bien.
Aussi, il paraît indispensable que pour accomplir la mission sociale qu’on lui assigne, la femme ait le pouvoir que confère la souveraineté; ce ne sera que ce pouvoir matériel, qui lui assurera l’autorité morale.
Au lieu de restreindre en les partageant les prérogatives masculines, les femmes les augmenteront; puisque le jour où il sera en les mains de tous les ayants droit hommes et femmes, le bulletin octroiera aux Français et Françaises la faculté de matérialiser leur volonté d’être heureux et libres.
C’est de peur de ne pouvoir faire parler comme on veut le suffrage rendu conscient en même temps qu’il deviendrait universel, que l’on écarte des affaires publiques cette force nationale, la femme.