Toutes les restrictions apportées à l’exercice des droits politiques de la femme étant préférables à l’exclusion du sexe féminin de la politique, nous admettrions, au pis aller, que pendant qu’elle est dans le mariage, la femme soit comme l’homme pendant qu’il est sous les drapeaux, privée du droit de voter.

Mais la femme affranchie de la tutelle maritale, la femme apte à gérer toutes les affaires civiles et privées, n’est-elle pas apte aussi à gérer les affaires politiques et publiques?

Si nous proposons de demander le suffrage d’abord pour les femmes instruites et pour les célibataires, c’est afin d’esquiver en même temps que la demande d’autorisation maritale, l’objection que la femme est une ignorante.

En réclamant, dans l’intérêt du sexe entier, le pouvoir immédiat pour les plus libres d’affranchir celles qui sont opprimées, on ne favorise personne, attendu que les femmes mariées ne sont, pas plus que les célibataires, dans un état immuable et permanent.

Tous les jours, des épouses deviennent veuves, donc célibataires; tous les jours, des filles majeures, des veuves, des divorcées deviennent des femmes mariées. Alternativement, les Françaises se remplacent dans leurs successives conditions; aussi, la tactique consistant à revendiquer d’abord le suffrage pour les momentanément majeures, c’est-à-dire pour les femmes ayant l’aptitude exigée des hommes pour être électeur, ne peut être qualifiée de transaction. C’est un moyen employé pour réussir.

*
* *

Il ne peut point être question de décider à quelle catégorie de femmes on va donner le vote. Toutes les Françaises sont dans une situation trop instable pour être classées par catégories, et toutes ont droit au vote.

Il s’agit de faire obtenir adroitement le suffrage au sexe féminin. Si on le réclame pour la généralité des femmes, on jette sans profit l’alarme au camp des maris. Si, au contraire, on introduit dans la citadelle politique, afin qu’elles en ouvrent la porte à toutes celles qui parmi les femmes n’ont pas leurs mouvements paralysés par la puissance maritale, on aplanit les difficultés, on prévient les objections et très promptement on triomphe.

La revendication du suffrage pour les Françaises qui n’ont pas de mari est un démenti donné à ceux qui affirment que les femmes sont représentées à la Chambre par leur mari.

M. Aulard, dans un de ses cours, a rappelé que les hommes ont commencé à user de cette échappatoire pour s’abstenir de conférer le vote aux femmes lors de la discussion de la Constitution de l’an III.