A propos de l’abolition du suffrage universel, Rouzet, député de la Haute-Garonne, prit la parole pour dire que le suffrage universel n’avait pas existé puisque les femmes n’étaient pas admises au droit politique.

Lanjuinais, lui répondit que les femmes étaient représentées par leurs maris.

Depuis, les députés chargés de faire des rapports sur les pétitions réclamant le suffrage des femmes se sont toujours tirés d’embarras en répétant après Lanjuinais que les femmes étaient représentées par leurs maris.

Il était nécessaire d’arrêter sur les lèvres des législateurs cette version erronée en demandant les droits électoraux pour les millions de Françaises qui n’ont pas de mari.

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Quand on révise la loi électorale, des députés demandent quelquefois d’assurer la représentation des épouses en accordant aux électeurs mariés deux suffrages.

Mais, jamais il n’a été question de charger quiconque de déposer un bulletin pour les Françaises célibataires. C’est que ces femmes-là sont des majeures devant le devoir public et que l’on ne peut contester leur droit.

Ce droit des célibataires, les hommes l’appellent même parfois au secours de leurs privilèges; seulement, après qu’ils ont proclamé qu’il est indispensable que les veuves et les filles majeures aient des mandataires, ils leur disent qu’elles auraient l’esprit bien étroit si elles croyaient qu’elles ont besoin de voter pour être représentées à la Chambre.

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Demander de concéder d’abord le suffrage aux femmes qui ont les qualités requises pour le posséder, ce n’est pas transiger, c’est adapter le droit à l’aptitude.