Quand on a donné l’électorat consulaire aux commerçantes, quand on a accordé l’électorat et l’éligibilité aux conseils départementaux d’enseignement et au conseil supérieur de l’instruction publique, aux institutrices, on a adapté le droit à l’aptitude.
Les épouses sous la tutelle de leur mari, qui ne seront pas provisoirement comme les femmes majeures aptes à exercer leurs droits politiques, ne se croiront pas plus déchues que les dames qui, n’étant ni commerçantes, ni institutrices, ne peuvent de celles-ci partager les privilèges.
Les hommes sont-ils devenus tous à la fois électeurs?—Non. Avant que le suffrage soit pour eux universalisé, étaient exclus du vote les domestiques, les illettrés, les exemptés du service militaire, enfin ceux qui ne payaient pas deux cents francs d’impôts.
Les femmes n’obtiendront peut-être pas non plus, toutes en même temps le suffrage; il est possible que ce ne soit que quand les veuves et les filles majeures voteront déjà que les épouses, acquerront la capacité électorale.
La tactique consistant à réclamer d’abord l’électorat des célibataires, a pour but d’obtenir plus vite les droits politiques aux femmes mariées.
Est-il besoin de rappeler qu’en Angleterre le vote des célibataires a précédé de vingt-cinq ans le vote des femmes mariées? C’est en 1869 que l’électorat municipal a été octroyé aux Anglaises non mariées, et ce n’est qu’en 1894 que ce même électorat municipal a été accordé aux Anglaises mariées.
L’éligibilité aux borough councils n’a encore été conférée qu’aux Anglaises célibataires, veuves ou filles inscrites sur les listes électorales de leur résidence.
La ruse de guerre dont nous usons en demandant que la catégorie de femmes qui n’est pas sous la puissance maritale, qui administre déjà ses affaires particulières, puisse gérer ses affaires publiques, nous a été suggérée par les législateurs qui ont rejeté nos pétitions réclamant les droits politiques pour toutes les Françaises, en alléguant que les femmes étaient représentées par leurs maris.
Nous avons voulu savoir ce que les députés pourraient bien objecter à la revendication du vote pour les nombreuses femmes n’ayant pas de mari, donc n’étant pas représentées.
Tel est le motif de la pétition suivante.