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Il faut prévoir—un conflit sérieux surgissant—la nécessité que tous les hommes soient à la frontière et assurer le fonctionnement des services de l’intendance au moyen de l’élément national qui ne porte pas le fusil, au moyen des femmes.

Au théâtre, pour parer à tout événement, on fait apprendre les rôles à plusieurs acteurs, on a des artistes prêts à suppléer le chef d’emploi; pourquoi donc, lorsqu’il s’agit non plus de comédie, mais de cette effrayante réalité pour la France: être, ou ne pas être! oublie-t-on la prévoyance, néglige-t-on d’assurer avec des remplaçants féminins le fonctionnement de transports, d’approvisionnements de vivres et de munitions?

IL suffirait de diriger le dévouement que beaucoup de femmes prodiguent durant les chocs sanglants, pour obtenir du sexe féminin une coopération précieuse.

Nulle guerre n’a eu lieu, sans que plusieurs Françaises bravent la mort pour aider au ravitaillement des armées bloquées, pour porter des munitions aux assiégés. En 1870, à Châteaudun, Mme Jarrethout entretenait de munitions, sous le feu prussien, les combattants: pendant qu’à Pithiviers Mlle Dodu subtilisait ingénieusement les télégrammes allemands et ainsi sauvait un de nos corps d’armée.

Ni la décision, ni le sang-froid, ni l’intrépidité, ne font défaut aux femmes. Qu’on leur permette donc d’augmenter le nombre des hommes qui se battent, en les remplaçant dans les services inactifs comme elles les remplacent dans l’industrie, en continuant le commerce, dans l’agriculture en faisant prospérer la ferme quand ils ne sont pas là.

Les féministes ont depuis plus de 25 ans proposé d’utiliser les Françaises dans les services auxiliaires de l’armée: L’intendance, la manutention, l’équipement, l’infirmerie et tout ce qui a rapport aux vivres et aux munitions.

Lors de la campagne de Tunisie, tous les journaux publièrent une lettre adressée au général Farre, ministre de la guerre, dont voici un passage: «Nos soldats vaincraient vite l’ennemi et la maladie, si un personnel dévoué, veillait à leur bien-être matériel. Qu’on appelle les femmes à faire leur service humanitaire—pendant du service militaire des hommes—et l’on aura ce personnel[1]

Après ces offres de service, comment peut-on oser dire aux femmes qu’il faut qu’elles soient militaires pour avoir leur part de souveraineté?

Les mères remplissent des charges au moins équivalentes aux obligations des militaires et elles n’ont pas les avantages dont jouissent ceux-ci.