M. E. Lepelletier écrit dans Le mot d’Ordre:
«Il s’agit on le sait de Mlle Hubertine Auclert, qui, à un mariage civil au lieu de se borner à féliciter les nouveaux époux au nom de la commission de la Libre-Pensée du 10e dont elle fait partie, a paraît-il, parlé des inégalités entre mari et femme et critiqué le texte du Code civil dont l’officier de l’état-civil venait de donner lecture.»
La Justice demande «En quoi importe-t-il qu’il soit fait ou non, à la suite de la célébration du mariage, des dissertations sur le rôle de la femme dans la société? La loi en est-elle amoindrie? L’institution du mariage est-elle atteinte par ces pratiques?—Evidemment non.»
Les libres-penseurs furieux, que j’aie osé conseiller de transgresser les dogmes légaux, déclarèrent qu’à l’avenir les hommes seuls seraient les officiants de la religion laïque; néanmoins, les mairies leur furent momentanément fermées. Ce ne fut que deux ans après cet incident, qu’ils purent de nouveau discourir dans les salles des mariages. J’écrivis alors au préfet de la Seine, M. Floquet la lettre suivante:
Paris, 4 septembre, 1882.
Monsieur le Préfet,
«J’apprends par les journaux qu’un libre-penseur a harangué des nouveaux mariés dans une mairie de Paris, et je m’empresse de vous remercier d’avoir levé l’interdit de M. Hérold, interdit motivé par une allocution que j’avais faite en semblable occasion.
«Je ne doute pas que la liberté d’adresser dans les mairies quelques mots aux nouveaux mariés, liberté dont je serai heureuse d’user, est octroyée aux femmes comme aux hommes, aux féministes, comme aux libres-penseurs; car, il serait incompréhensible que les libres-penseurs puissent aller à la mairie critiquer l’église sur l’esprit de laquelle reposent les lois matrimoniales, alors que les féministes ne pourraient aller à cette même mairie critiquer les lois matrimoniales qui sont basées sur l’esprit de l’église.
Vous ne ferez pas de distinction, monsieur, entre ceux qui attaquent l’effet et ceux qui attaquent la cause du moment qu’un partisan de la libre-pensée a pu parler, les partisans du Féminisme ont le droit de parler.
Veuillez agréer, monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération très distinguée.