«Il arriva donc, dit M. A. Aulard, que des députés de la noblesse et du clergé aux Etats-Généraux de 1789 durent leur élection à des voix féminines[2].»
Les Premiers Etats-Généraux.
Quand Philippe IV dit le Bel, fut excommunié par Boniface VIII, il voulut faire prendre à la nation tout entière, parti pour lui contre le pape; et convoqua les représentants du clergé, de la noblesse, du Tiers-Etat, le 10 avril 1302 dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Ce furent les premiers Etats-Généraux. Les dames nobles détenant des fiefs et les communautés de femmes étaient là représentées par les nobles et les ecclésiastiques qu’elles avaient contribué à faire élire.
Les femmes pouvaient être représentantes aux Etats Provinciaux: Anne de Bretagne tint en personne les Etats de Bretagne où Mme de Sévigné siégea.
En 1576 trente-deux veuves siégeaient aux Etats de Franche-Comté.
En ce temps-là, en imposant des taxes, en donnant des chartes, les femmes sauvegardaient les places fortes, gouvernaient les villes: Françoise de Cezelly, en l’absence de M. de la Barre son mari, gouverneur de Leucate, défendit en 1589 si admirablement cette place forte, que quand M. de la Barre fait prisonnier par les Espagnols eut été étranglé dans sa prison, Henri IV garda Françoise de Cezelly comme gouverneur de la ville qu’elle avait conservée à la France.
Les femmes qui participaient aux affaires publiques se montraient libérales: Aliénor d’Aquitaine donnait aux Aquitains la liberté du commerce.
Le bon sens des privilégiées qui n’étaient pas exclues du droit, faisait prévaloir le courant d’opinions favorables au relèvement du sexe féminin, sur la traditionnelle tendance à son abaissement; et, incitait des écrivains à protester contre le préjugé assignant aux femmes une activité sociale inférieure à celle de l’homme.
Parmi ces précurseurs du féminisme, Poulain de la Barre s’est fait remarquer. En son livre de L’Egalité des Sexes publié en 1673, il réclame avec énergie pour les femmes, l’égalité complète des droits politiques et sociaux avec les hommes.
«Il est, dit-il, aisé de conclure que si les femmes sont capables de posséder souverainement, toute l’autorité publique, elles le sont encore plus de n’en être que les ministres: Que pourrait-on trouver raisonnablement à redire qu’une femme de bon sens et éclairée présidât à la tête d’un parlement et de toute autre compagnie?... Il faut reconnaître que les femmes sont propres à tout.»