Mais la cause des femmes était perdue d’avance; la convention resta sourde aux objurgations de Charlier et décréta que toutes les sociétés de femmes, quelles que soient leurs dénominations, étaient supprimées et dissoutes.
Ceux qui dénient le droit commun aux autres, tiennent suspendue au-dessus de leur tête la menace d’être à leur tour exclus du droit commun. Les hommes, qui supprimèrent les clubs de femmes, eurent tous leurs clubs fermés par Bonaparte.
Les femmes qui voulaient que la révolution s’accomplisse au profit des deux sexes, faisaient preuve de bien plus de sens pratique que les Jacobins, qui en leur fermant les portes de la révolution, rejetèrent les femmes dans la réaction.
Cependant, la liberté eut encore des militantes: En 1799, sous le Consulat, des femmes qui s’honorent du titre de «citoyenne» refusent d’être appelées de nouveau «madame» et font acte d’indépendance en s’assemblant rue de Thionville pour discourir sur leurs droits méconnus[7].
APRÈS LA RÉVOLUTION
Les femmes, qui en donnant dans les salons l’essor aux idées philosophiques avaient préparé la révolution et tant aidé à la faire, furent indignées en se voyant exclues du droit commun et condamnées par les révolutionnaires autocrates à rester dans la société nouvelle des parias.
Puisqu’il n’y avait pas de justice pour elles, il ne devait y en avoir pour personne!... Et ces dupes de la révolution, ne songèrent plus qu’à devenir des femmes de plaisir ayant pour unique souci de paraître belles; à leur dissolvant contact, les hommes se déprimèrent, rentrèrent vite sous le joug en se donnant pour maître Bonaparte.
Napoléon sanctionna la servitude féminine que la révolution avait conservée. Lors de la promulgation du Code, les femmes ne furent comprises dans la législation nouvelle, sous le titre générique de français, que dans les chapitres ayant trait à la compression, aux charges; pour tout ce qui avait trait au droit et à la liberté, le mot français ne s’appliquait pas à elles.
Bonaparte, avait pour idéal la polygamie et déclarait que la femme puisqu’elle donne des enfants, est la propriété de l’homme comme l’arbre à fruit est celle du jardinier. «Il y a, disait-il, une chose qui n’est pas française, c’est qu’une femme puisse faire ce qui lui plaît.»