En même temps que la femme était en la personne de l’actrice Rose Lacombe, traitée par Chaumette d’être dégradé; la femme était élevée au rang des dieux, en la personne de Mlle Maillard, actrice de l’Opéra, qui remplissait le rôle de déesse de la liberté, dans la fête de la raison célébrée dans l’église de Notre-Dame de Paris.
Rose Lacombe protesta contre la décision du Conseil général de la commune; et elle parvint à entraîner beaucoup de femmes à demander leurs droits.
Ces femmes étaient souvent battues par les très royalistes dames des halles. Un jour que les républicaines, vêtues en hommes, reprochaient aux marchandes de poissons de s’abstenir de porter la cocarde nationale. Celles-ci les assaillirent et les fouettèrent publiquement.
Les réunions des républicaines finirent par inquiéter le comité de sûreté générale, qui chargea un de ses membres de révéler le fait à la Convention.
Le Conventionnel Amar monta à la tribune et dit:
«Je vous dénonce un rassemblement de six mille femmes, soi-disant jacobines, et d’une prétendue société révolutionnaire... Plusieurs, sans doute, n’ont été égarées que par un excès de patriotisme; mais d’autres ne sont que les ennemies de la chose publique et n’ont pris le masque du patriotisme! que pour exciter une espèce de contre révolution.»
«Les droits politiques du citoyen sont de discerner, de faire prendre des résolutions relatives aux intérêts de l’Etat et de résister à l’oppression. Les femmes ont-elles la force morale et physique qu’exige l’exercice de l’un et de l’autre de ces droits? L’opinion universelle repousse cette idée...
Et puis la pudeur des femmes leur permet-elle de se montrer en public, de lutter avec les hommes et de discuter à la face du peuple sur des questions d’où dépend le salut de la République? Voulez-vous que dans la République française on les voie venir au barreau, à la tribune aux assemblées politiques comme l’homme, abandonnant la retenue, source des vertus de ce sexe?».
Il est curieux d’entendre ces révolutionnaires invoquer des lieux communs et des préjugés surannés, pour maintenir les privilèges de sexe, après que tous les privilèges de caste ont été abolis. C’est d’autant plus révoltant, que dans l’épopée révolutionnaire, des femmes se sont montrées à la hauteur des plus grands hommes et souvent les ont inspirés et dirigés quand elles n’ont pas agi elles-mêmes.
Après le discours d’Amar, un seul homme se leva des bancs de la convention, le député Charlier qui soutint énergiquement que les femmes avaient le droit de se réunir pour s’occuper des affaires publiques. «A moins, dit-il, que l’on constate comme dans un ancien concile que les femmes ne font pas partie du genre humain, on ne saurait leur ôter ce droit commun à tout être pensant.»