Quand dans les réunions publiques quelqu’un parlait d’appeler les femmes à exercer leurs droits; aussitôt, des cris et des hurlements couvraient la voix de l’orateur et si l’on ne pouvait lui enlever la parole, la séance était levée.
La cabale des clubs contre les droits de la femme, fut bientôt répercutée au sein de l’assemblée législative: La loi du 20 mai 1793 fit exclure les femmes des tribunes de la Convention, et la loi du 26 mai 1793 leur défendit d’assister aux assemblées politiques.
Trois journaux: l’Orateur du Peuple, Le Cercle Social, La Bouche de Fer, soutenaient le droit des femmes, aidaient les femmes à organiser des réunions. Labenette dans son journal, Les Droits de l’Homme, demande l’admission des femmes dans les assemblées. «Pendant que vous vous tuez à délibérer, elles ont, dit-il, déjà saisi toutes les nuances qui vous échappent.»
Parmi les clubs de femmes La Société Fraternelle des Patriotes des Deux Sexes, défenseurs de la Constitution dont Mme Roland était membre, se fit surtout remarquer par ses protestations contre les décrets de l’Assemblée Constituante.
La société des Femmes Républicaines et Révolutionnaires que présidait l’actrice Rose Lacombe et dont faisait partie Mme Colombe imprimeur de la feuille de Marat, dépassait les hommes en violence, quand il s’agissait de prendre une détermination[6].
Le 28 brumaire 1793, Rose Lacombe accompagnée d’une députation de femmes révolutionnaires coiffées comme elle de bonnets rouges, força l’entrée de la séance du conseil général de la commune—à ce moment, la pétition orale était admise—cependant, en voyant ces femmes, le procureur général Chaumette s’écria:
«Je requiers mention civique au procès-verbal, des murmures qui viennent d’éclater; c’est un hommage aux mœurs, c’est un affermissement de la République! Et quoi! des êtres dégradés qui veulent franchir et violer les lois de la nature, entreront dans les lieux commis à la garde des citoyens et cette sentinelle vigilante ne ferait pas son devoir! Citoyens, vous faites ici un grand acte de raison: l’enceinte où délibèrent les magistrats du peuple doit être interdite à tout individu qui outrage la nation! ...Et depuis quand est-il permis aux femmes d’abjurer leur sexe, de se faire hommes? Depuis quand est-il d’usage de voir les femmes abandonner les soins pieux de leur ménage, le berceau de leurs enfants, pour venir sur la place publique dans la tribune aux harangues, à la barre du Sénat, dans les rangs de nos armées, remplir les devoirs que la nature a répartis à l’homme seul? A qui donc cette mère commune a-t-elle confié les soins domestiques? Est-ce à nous? Nous a-t-elle donné des mamelles pour allaiter nos enfants? A-t-elle assez assoupli nos muscles pour nous rendre propres aux soins de la hutte, de la cabane ou du ménage? Non, elle a dit à l’homme: Sois homme! les courses, la chasse, le labourage, les soins politiques, les fatigues de toute espèce, voilà ton apanage. Elle a dit à la femme: Sois femme! les soins dus à l’enfance, les détails du ménage, les douces inquiétudes de la maternité, voilà tes travaux.
«Femmes imprudentes qui voulez devenir des hommes! n’êtes-vous pas assez bien partagées? Que vous faut-il de plus? Vous dominez sur tous nos sens; le législateur, le magistrat sont à vos pieds. Votre despotisme est le seul que nos forces ne puissent abattre, puisqu’il est celui de l’amour...
«Autant nous vénérons la mère de famille qui met son bonheur à élever, à soigner ses enfants, à filer les habits de son mari et alléger ses fatigues par l’accomplissement des devoirs domestiques, autant nous devons mépriser, conspuer la femme sans vergogne qui endosse la tunique virile et fait le dégoûtant échange des charmes que lui, donne la nature contre une pique et un bonnet rouge.—Je requiers que le conseil ne reçoive plus de députation de femmes.»
La proposition de Chaumette fut adoptée.