Les femmes spoliées de leurs droits, eurent pour défenseurs Condorcet, Siéyès, l’abbé Fauchet, Saint-Just... Malheureusement, les protestations de ces hommes de principes furent étouffées par Mirabeau, Danton, Robespierre qui ne considéraient la femme que comme un instrument de plaisir charnel.

Condorcet secrétaire de l’Académie des sciences, demanda publiquement en 1788 que les femmes participent à l’élection des représentants[5].

Cet illustre philosophe qui réclama l’abolition de la royauté, la proclamation de la république, posa le principe de l’égalité de la femme et de l’homme qu’il regardait comme la base de la question sociale. Condorcet fut donc en France un des précurseurs du féminisme; et, sa statue quai Conti recevra avant longtemps, les périodiques hommages des femmes reconnaissantes.

Le 3 juillet 1790, Condorcet publia son fameux article sur l’admission de la femme au droit de la cité dont voici un passage:

«Au nom de quel droit, au nom de quel principe écarte-t-on dans un état républicain les femmes du droit public? Je ne le sais pas. Le mot représentation nationale signifie représentation de la nation. Est-ce que les femmes ne font point partie de la nation?

«Plus on interroge le bon sens et les principes républicains, moins on trouve un motif sérieux pour écarter les femmes de la politique. L’objection capitale elle-même, celle qui se trouve dans toutes les bouches, l’argument qui consiste à dire qu’ouvrir aux femmes la carrière politique c’est les arracher à la famille, cet argument n’a qu’une apparence de solidité; d’abord il ne s’applique pas au peuple nombreux des femmes qui ne sont pas épouses ou qui ne le sont plus; puis, s’il était décisif, il faudrait, au même titre, leur interdire tous les états manuels et tous les états de commerce, car ces états les arrachent par milliers aux devoirs de la famille.»

Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu’ils sont des êtres sensibles susceptibles d’acquérir des idées morales et de raisonner sur ces idées. Les femmes ayant ces mêmes qualités ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes; et celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe a dès lors abjuré les siens.»

En plaidant aussi bien pour les femmes ce grand esprit n’espérait point se les rendre sympathiques, au contraire:

Je parle de leurs droits à l’égalité disait-il et non de leur empire. On peut me soupçonner d’une envie secrète de le diminuer, et, depuis que Rousseau a mérité leurs suffrages, en disant qu’elles n’étaient faites que pour nous soigner et propres qu’à nous tourmenter, je ne dois pas espérer qu’elles se déclareront en ma faveur. Mais il est bon de dire la vérité dût-on s’exposer au ridicule.»

Les idées de Condorcet furent exprimées dans plusieurs cahiers de doléances; celui de Rennes notamment, demande d’admettre les procurateurs des veuves, dont les maris auraient le droit de vote, à être électeurs et éligibles. Mais, les requêtes de ces précurseurs du féminisme ne furent pas entendues.