Aucun homme n’est par son rôle si infime qu’il soit, exclu des prérogatives de Français et de citoyen, pourquoi donc le rôle des femmes les priverait-il de leurs droits de Françaises et de citoyennes? La perpétuation de l’espèce humaine, les soins donnés aux affaires domestiques sont-ils moins importants que l’attention apportée à l’exercice d’un métier?
«Celui de nous deux, dit Socrate, glorifiant le travail du ménage, qui sera le plus industrieux économe, est celui qui apporte le plus en la société.»
Le devoir imposé à tous est différent pour chacun. Le droit inhérent à l’individu est égal pour tous.
Le sexe ne confère pas des prérogatives particulières attendu que les qualités morales et intellectuelles sont indépendantes du sexe de l’individu qui les possède. On ne peut aujourd’hui faire croire qu’être homme, étend les facultés intellectuelles d’un individu et qu’être femme, restreint les facultés intellectuelles d’un autre individu.
La maternité que l’on objecte aux revendicatrices ne s’oppose pas plus à l’exercice des droits politiques, qu’elle ne s’oppose à l’exercice d’un art ou d’un commerce.
Marie-Thérèse d’Autriche eut seize enfants, ce qui ne l’empêcha point d’être un grand homme d’Etat auquel l’Autriche dût d’exister. Pour elle, les Magnats hongrois tirèrent leur sabre du fourreau, en s’écriant: «Mourons pour notre roi, Marie-Thérèse!»
Mères ou non, mariées ou non mariées, toutes les femmes doivent exercer leurs droits politiques afin de pouvoir mettre l’ordre dans la commune et dans l’Etat.
Restez femmes.
A l’idée que la femme va devenir son égale en droits, l’homme se cabre! Au lieu de comprendre que c’est un auxiliaire qui lui vient pour atteindre à une vie meilleure, il semble croire qu’on va lui enlever quelque chose.
Le Français adjure la Française de ne pas chercher à devenir citoyenne. Il lui dit qu’elle n’aurait rien à gagner au suffrage universel, que sa supériorité consiste à rester asservie.