Un langage analogue était tenu par les censitaires à ceux qui ne votaient pas avant 1848. Le «Restez femmes!» d’aujourd’hui, équivaut au «Restez ouvriers!» d’alors et pareillement signifie: Demeurez inaptes à améliorer votre condition.
Les femmes qui voient quels avantages sociaux et économiques les électeurs obtiennent, les femmes, qui constatent qu’en tous les pays les hommes privés du suffrage s’acharnent à le réclamer; commencent à comprendre que ce papier-pouvoir, le bulletin de vote, leur est aussi nécessaire que le papier-monnaie, puisque posséder l’un rend plus facile de palper l’autre.
Ce sera la carte électorale qui fera rétribuer le travail ménager et comprendre, parmi les retraités ouvriers, les ménagères.
Les Françaises ne peuvent rester spoliées de la capacité politique, qu’un député appelle, avec raison, «un commencement de capital».
Le travail est, en effet, estimé suivant la condition de qui l’accomplit. L’œuvre de la femme est si dépréciée, obtient un si dérisoire salaire, parce que cette femme est une mise hors la loi, une esclave dont l’effort n’est point jugé digne de récompense. Que l’on fasse entrer la femme dans le droit commun politique et bientôt sa situation économique sera changée; son labeur, ennobli par sa qualité de citoyenne, obtiendra un salaire rémunérateur.
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Les femmes n’échapperont à l’oppression du mari, à l’exploitation du patron, qu’en devenant, devant l’urne, leurs égales.
La carte électorale dont la Française est privée, est un certificat d’honorabilité qui assure la considération à quiconque peut le montrer.
En l’état actuel de la société, le suffrage est pour l’humain la plus sûre garantie de n’être lésé, ni diminué. C’est comme une assurance prise pour obtenir droit et justice. Pourquoi la femme ne jouirait-elle pas de cette assurance?
En devenant citoyenne, la Française remplira encore mieux le devoir, puisque son rôle d’éducatrice s’étendra de l’unité à la collectivité humaine et que sa sollicitude maternelle embrassera la nation entière.