M. Gambon propriétaire de la Nièvre refusa de payer l’impôt à l’Empire. On lui saisit une vache qui fut mise à l’enchère.
En Amérique, le refus de payer la taxe des marchandises importées d’Angleterre, a été le signal de la guerre de l’indépendance. Les Américains ont mieux aimé détruire, jeter à la mer des cargaisons de denrées alimentaires que de payer l’impôt qui les frappait.
Vingt-six ans après des Françaises, des Anglaises ont refusé d’acquitter leurs contributions parce qu’elles ne sont, elles non plus, point électeurs politiques. Si cette manifestation se généralisait, elle jetterait l’inquiétude au camp des hommes, puisqu’elle menacerait d’arrêter faute de munitions, la force motrice qui fait mouvoir la machine gouvernementale.
Les femmes peuvent-elles continuer à entretenir un état masculiniste où elles ne sont admises qu’à titre de contribuables?
Quand des individus s’associent dans un but quelconque, pourvu qu’ils apportent le même numéraire, qu’ils soient hommes ou femmes, ils ont un identique pouvoir administratif. Les impôts, qui sont la part apportée dans les caisses publiques par chacun des Français et des Françaises, ne peuvent donc, sans préjudice pour la nation, être livrés à l’arbitraire masculin. Il est urgent que la collectivité féminine dise à la collectivité masculine:—Nous n’avons point confiance en votre administration, voilà pourquoi nous voulons examiner, discuter, voter avec vous les budgets.
Le préfet de la Seine qui avait répondu aux femmes que bien qu’elles soient non électrices, elles restaient contribuables reçut cette lettre:
«Monsieur le préfet,
«Vous m’informez que, pour rejeter ma demande de dégrèvement d’impôt, vous vous appuyez sur l’article 12 de la loi du 21 avril 1832, qui déclare imposable à la contribution personnelle et mobiliaire tout habitant français ou étranger non réputé indigent.
«Il y a quelques mois, je m’appuyais sur une loi identique, mais de date plus récente, la loi du 5 mai 1848, qui dit: «Art. 6.—Sont électeurs tous français,» pour réclamer mon inscription sur les listes électorales.
«On m’a répondu que, devant le scrutin, «Français» ne signifiait pas «Française». Si Français ne signifie pas Française devant le droit; Français ne peut signifier Française devant l’impôt.