Quand des êtres affaiblis ont été une fois ressuscités par leur médecin à l’aide de quinquina et de fine champagne, à toute nouvelle épreuve physique, ils recourent aux cordiaux et bientôt ils abusent des apéritifs.
Les médecins et les politiciens peuvent donc compter au nombre des introducteurs de l’alcoolisme en France. Les premiers parce qu’ils ont employé l’alcool comme spécifique vivifiant et curatif. Les seconds parce qu’ils ont fait, de l’alcool, un agent de corruption électorale. Comment refuser de voter pour un candidat qui fait défoncer les barriques où l’on peut, à volonté, s’abreuver? Avec les femmes peu buveuses, cette manœuvre échouerait.
La galanterie n’a pas de pire ennemi que l’alcool qui réduit l’homme à l’impuissance, moralement et physiquement, et l’éloigne de la femme.
Si l’alcool éloigne l’homme de la femme, on peut bien constater aussi que la femme éloigne l’homme de l’alcool. Quand il est soustrait à sa bienfaisante influence, c’est, loin de ses regards, au cabaret, que l’homme s’alcoolise et non en sa maison.
Interrogez les débitants, ils vous répondront qu’on ne boit jamais chez eux autant qu’en période électorale et lors d’agitations politiques. Pourquoi la politique fournit-elle l’occasion de s’intoxiquer?
Parce que les femmes n’y participent pas.
L’avènement des femmes à la politique aurait pour effet immédiat d’enrayer l’alcoolisme, car il ferait se transporter les discussions publiques du cabaret dans le home où des couples humains pourraient, en pleine lucidité, tendre les ressorts de leur esprit vers le mieux-être général.
Si les femmes participaient à la politique avec leur esprit d’ordre et d’économie, elles feraient considérablement diminuer les dépenses publiques; leur concours faciliterait l’allègement de l’impôt. Avec elles on ne tirerait plus l’impôt de sources immorales.
Tant que les Françaises n’auront le droit de rien décider, relativement à l’alcool, dont les députés s’opposent à la suppression, c’est vainement qu’elles se ligueront pour combattre l’intempérance.
Le vrai remède à l’alcoolisation est dans le vote des femmes. C’est en conférant aux femmes le droit de régler la question de l’alcool, c’est-à-dire, le pouvoir de conserver aux hommes la vie qu’elles leur ont donnée, que l’on préserverait la nation d’une imminente déchéance.