La femme électeur serait la plus grande force contre l’alcoolisme.
Comment, en effet, pourrait-on sans la femme triompher de ce fléau? Car, en même temps qu’il faut défendre l’usage de l’alcool, il est nécessaire de mettre l’organisme en état de s’en passer.
Les buveurs sont généralement des êtres débiles qui avalent précipitamment le liquide corrodant, non pour se délecter le palais, mais pour se réconforter le corps.
C’est pour pouvoir jongler plus facilement avec la masse électorale que les habiles de tous les partis éliminent les femmes des salles de vote.
Si la femme participait à la vie publique, avant peu de temps chacun pourrait lire dans la politique comme dans un livre ouvert: voir où tous ses intérêts sont concentrés et se passionner pour ces intérêts, comme le laboureur se passionne pour le champ de blé, dont la récolte lui rapporte moins d’argent que la mauvaise politique ne lui en coûte.
La participation de la femme à la vie publique: mais, ce serait à bref délai le suffrage éclairé, l’émulation des efforts pour le bien public, les décisions politiques mûries dans la saine atmosphère de la famille, remplaçant les étourderies consommées au milieu des vapeurs alcooliques du cabaret.
On n’a pas idée de ce que seraient les délégués au pouvoir, s’ils étaient choisis par les hommes et par les femmes, et de ce que seraient capables de faire ces délégués s’ils se sentaient talonnés par tous, Français et Françaises réunis.
Electeurs! ne sacrifiez donc pas plus longtemps vos intérêts à un vain préjugé de sexe! Sachez bien que tant que les femmes ne voteront pas, toujours hommes indifférents ou naïfs, toujours vous vous laisserez escroquer votre vote. Dans le pouvoir que le vote donne à ceux qui le possèdent de régler les affaires publiques au mieux de leurs intérêts, la question d’opinion n’a rien à faire. Est-ce quand une succession s’ouvre chez un notaire, on s’occupe de la manière de penser de ceux qui héritent?
Eh bien, il en est des droits politiques comme il en est des droits d’héritage. Rien, ni opinion, ni sexe ne peut empêcher les ayants-droit d’entrer en possession de la part de liberté, que les générations qui les ont précédés leur ont laissée en héritage.
Si tout allait si bien dans le monde, qu’un pas en avant pût faire craindre de déranger l’harmonie de la société, on comprendrait l’effroi que certaines gens manifestent à l’idée de voir voter les femmes. Mais alors que nous avons un budget de cinq milliards[14], pénurie de travail et augmentation des vivres, la réduction des naissances, la dépopulation et que l’alcool dissout la France, il n’y a que les bornés ou les hypocrites qui puissent dire que l’intervention des femmes dans les affaires publiques ouvrirait l’ère des cataclysmes.