Que les hommes n’envisagent donc pas ce prétexte, la différence de leurs rôles, pour exclure les femmes du droit.
Ce n’est pas parce que les femmes et les hommes, parce que les hommes entre eux et les femmes entre elles ont des devoirs différents, qu’il peut s’en suivre qu’ils n’ont pas de droits égaux.
Tout le monde ne peut remplir le même rôle. La diversité des fonctions est au contraire indispensable à la bonne harmonie de la société.
Le devoir imposé à tous est différent pour chacun.
Le droit inhérent à l’individu est égal pour tous.
Ce n’est pas parce que la femme française voterait, qu’elle cesserait d’être dans la maison l’administratrice intelligente et économe, la travailleuse ou l’intendante active qui surveille tout, qui est à tout.
Ce n’est pas parce que la femme voterait, qu’elle cesserait d’être pour la famille ce qu’est le soleil pour la fleur, un astre qui la réchauffe de son amour. Non! les femmes peuvent à la fois jouir de l’intégralité de leurs droits et être irréprochables dans l’accomplissement de leurs devoirs.
Voter et légiférer ne constitue pas un rôle, mais bien le droit et le devoir d’administrer la fortune publique; comme de passer un bail, de vendre ou d’acheter des titres de rente constitue le droit et le devoir d’administrer sa fortune privée.
Le femme ne cessera pas plus d’être femme en devenant citoyenne, que l’homme en devenant citoyen ne cesse d’être homme.
En entrant en possession des droits, des titres, des prérogatives, de la part de souveraineté qui lui appartient, la femme conservera toute sa féminité; mais elle acquerra avec la puissance politique, une valeur morale qui la fera cesser d’être méprisée, quand elle a passé l’âge de plaire.