Tant que l’on continuera à dire dans l’Etat: «Qui a la direction de la barque sociale?» et dans le ménage: «Qui a la maîtrise?», on sera bien loin de posséder les mœurs qui font les gouvernements démocratiques.
Qu’est-ce que la liberté? Qu’est-ce que l’égalité dans ce beau pays de France, où un sexe tient l’autre sous le joug?
Une pure fiction.
Dans une vraie République, le gouvernement qui procède de tous, doit être à tous. Il ne doit pas plus y avoir de maîtres dans la maison que de maîtres dans l’Etat. Mais, selon que, quelqu’un a plus ou moins d’aptitude pour remplir telle fonction, il doit dans l’intérêt général être délégué à cette fonction dans l’Etat, ou à cette autre fonction dans le ménage. C’est de cette adaptation aux emplois des facultés de chacun, de la mise en place de tous, de la concordance et de l’acquiescement des volontés et des capacités, que découlera l’ordre véritable: l’harmonie.
Ceux qui placent la femme plus bas que les repris de justice et les rôdeurs de barrière, disent que l’homme est un être supérieur qui doit diriger les affaires extérieures et que la femme qui est un être inférieur doit se consacrer exclusivement à la direction du ménage.
Est-il plus difficile de diriger les affaire extérieures que les affaires intérieures?
Nous serions très désireux de voir comment les habiles politiciens qui ne savent faire face aux exigences sociales avec le gros budget de la France, se tireraient d’affaire dans le ménage, s’ils avaient un très modeste budget pour satisfaire aux besoins d’une famille.
Le sexe n’assigne pas à l’être humain des attributions déterminées. Etre homme ou être femme n’importe pas plus dans la distribution des fonctions sociales, qu’être grand ou petit, brun ou blond, gras ou maigre. Il n’y a que pour procréer des enfants que la question de sexe est de rigueur. Mais pour faire des lois, elle n’est nullement mise en cause. A voir l’obstination de certaines personnes à nous objecter toujours et partout notre sexe, ce serait à croire, en vérité, qu’elles confondent les mots: voter, légiférer et enfanter.
Les qualités morales et intellectuelles sont absolument indépendantes du sexe de l’individu qui les possède. A qui fera-t-on croire qu’être homme étend nécessairement les facultés d’un individu, fût-il idiot, et qu’être femme circonscrit fatalement les facultés d’un individu qui a des capacités multiples pour tout envisager?