Des fonctions déterminées ne doivent pas plus être les attributs de l’homme ou de la femme, que des aptitudes déterminées ne sont leurs attributs.

Les femmes peuvent avoir aussi bien que les hommes, de grandes capacités pour diriger les affaires de l’intérieur. Nous ne doutons pas qu’il y ait des ménagères qui feraient de grands hommes d’Etat et des députés qui feraient d’excellents cuisiniers. La pratique est là pour confirmer ce que nous avançons. Combien d’hommes quittent chaque année leurs attributions pour se tailler une situation dans la sphère exclusivement dévolue à la femme.

Eh bien! ce que les hommes font, les femmes doivent aussi pouvoir le faire.

De même que les hommes qui en ont le goût peuvent envahir la cuisine, les femmes qui y sont instinctivement poussées, doivent pouvoir s’occuper de politique, voter, légiférer, peser de toute leur influence favorable sur la destinée humaine.

Quand nous parlons de cette chose rationnelle, le droit, la liberté de choisir la carrière pour laquelle nous avons de l’attrait, tous les hommes s’écrient: Eh quoi! femmes! Vous voulez nous remplacer! Vous voulez être électeurs, députés, ministres, et nous faire, nous tous, balayeurs, cuisiniers, hommes de ménage!

Rassurez-vous, forts en égoïsme! les femmes ne réclament, pas encore votre monopole pour se l’approprier. Ce qu’elles veulent, les femmes, c’est de pouvoir suivre la voie qui leur convient. Ce qu’elles ne veulent plus, les femmes, c’est d’être—parce qu’elles sont femmes—parquées dans un rôle déterminé, au grand préjudice de leur intérêt et du vôtre.

Il n’y aura d’harmonie dans la société, il n’y aura de bonheur pour l’humanité que dans l’égalité des droits pour tous et l’équitable répartition des fonctions entre tous hommes et femmes, indifféremment, suivant leurs aptitudes particulières.

XII
Les femmes sont moins en France que les roulures de Bagne

«On interdit que pour un temps les droits politiques aux malfaiteurs, on interdit pour toujours les droits politiques aux femmes.»

H. A.