Lors des élections, à l’extrême limite, il y a des candidats et des électeurs de castes, des candidats et des électeurs de classes. Mais si la plate-forme électorale diffère, les élections sont uniquement des élections de sexe, des élections de ces nobles d’aujourd’hui: les hommes. Ce ne sont que les hommes qui votent, ce ne sont que des hommes qui sont élus. Il n’y a donc pas dans la commune et dans l’Etat une représentation réelle de la population, qui est, en majorité, formée de femmes.
N’est-ce pas incompréhensible que des femmes lucides, à l’esprit pénétrant, ne puissent voter comme les hommes idiots ou rendus inconscients par l’ivresse?
Pour exclure les Françaises de la souveraineté, on allègue que leur éducation ne les rend pas aptes à s’occuper de politique. Ce n’est point l’éducation, c’est le pantalon qui fait l’électeur.
Chaque année, lors de la conscription, des garçons, élevés en filles, voient rectifier leur état civil et leur éducation ne les empêche pas de jouir des droits politiques dès qu’ils ont substitué à la jupe, le pantalon.
Une erreur de sexe a récemment été reconnue en une point banale circonstance. Mlle Renée Gautherot, voulant devenir sage-femme, était, à vingt ans, entrée à l’Ecole départementale d’accouchement de Dijon. Elle passa ses examens et, pendant un an, fut interne à la Maternité. Elle coucha dans le dortoir commun, prodigua ses soins aux accouchées jusqu’à ce qu’un docteur révélât que cette jeune fille... était un jeune homme!...
Renée Gautherot a été éduquée ainsi que l’est une fille, et si l’on n’avait point découvert qu’elle appartient au sexe masculin, elle serait restée toute sa vie exclue de l’électorat comme indigne.
Mais parce que l’on a acquis la certitude que cette femme est un homme, la voilà reconnue apte à exercer ses droits de citoyens. L’insuffisance d’éducation alléguée pour spolier les femmes de leurs droits politiques, ne privera pas de voter ce garçon élevé en fille.
Dans la République, filles et garçons étant pareillement intéressés, doivent pouvoir également donner leur avis.
L’opinion des femmes doit être entendue et respectée comme l’opinion des hommes.
Tout le monde n’est pas partisan du vote des femmes. Mais ne sait-on pas que, si en France, les changements dans le costume féminin sont sans protestation acceptés, le remplacement d’une coutume féminine par une autre, a toujours fait se récrier une légion d’opposants.