Quand les parisiennes qui n’avaient le droit d’occuper l’impériale des omnibus furent admises à monter s’y asseoir, beaucoup de gens trouvèrent mauvais qu’on leur octroyât cette liberté. Les uns feignaient de craindre que les femmes accapareraient toutes les places à 15 centimes; d’autres clamaient qu’il était immoral d’autoriser des enjuponnées à grimper sur le dessus des voitures.

Lorsque les femmes devinrent cochères, chauffeuses et conduisirent les voitures, les protestations furent nombreuses. Mais nul n’aurait coupé les guides de leur cheval si les cochères avaient été électeur. Pour avoir la liberté d’agir à leur gré, les femmes doivent tenir, comme les hommes, les rênes de l’Etat.

Les Français s’affaiblissent en n’utilisant pas toute l’intelligence et toute l’énergie de la nation, en ne relevant pas les femmes de la dégradation civique.

La dégradation civique est une déchéance qui fait perdre la qualité de citoyen, et fait exclure du droit de participer au gouvernement.

Pour les hommes, la dégradation civique résulte de la condamnation à une peine infamante pour assassinat, vol, ivrognerie, attentat aux mœurs.

Pour les femmes, la dégradation civique ne provient point de condamnations, mais simplement de leur sexe. C’est parce qu’elles sont nées du sexe féminin, que toutes les Françaises sont assimilées aux assassins, aux voleurs, aux satyres et exclues avec eux des droits politiques. Seulement, les hommes condamnés ne sont qu’exclus temporairement des droits politiques. Les femmes en sont des exclues permanentes de ces droits.

Entre hommes et femmes, dont le même sang coule dans les veines, il ne doit avoir ni supérieurs ni inférieurs, mais accord, efforts combinés pour faire, de notre France, un lieu de délices.

Les hommes ont tout à gagner à faire à la femme, cette amie sûre, cette sage conseillère, place à leur côté. Il y a pour eux dans l’affranchissement de leurs compagnes une augmentation de bien-être, et tout ce qui peut résulter d’heureux pour l’humanité de l’utilisation d’intelligences généreuses et primesautières.

La question des femmes est le nœud gordien qui, une fois tranché, rendrait facile la question sociale.

XIII
La Femme en France est moins que l’étranger