«Plus encore que le Français, la Française représente la plus haute expression du caractère national.»

Elisée Reclus.

Les Françaises qui caractérisent la France n’existent pas socialement, annulées, sans action. Elles restent à perpétuité hors la loi dans leur pays, puisqu’elles sont exclues des droits politiques. Ce ne sera cependant qu’en utilisant toute sa force cérébrale que la France s’assurera la prépondérance morale dans le monde.

On n’admet pas au droit commun les Françaises; mais on admet au droit commun les étrangers naturalisés: près de 14.000 étrangers sont, par an, faits citoyens Français.

Plus de la moitié de la nation française n’est pas représentée au Parlement tant que les femmes ne votent pas. Mais les nations Russe, Allemande, Belge, Anglaise, Italienne, Autrichienne, Espagnole, Américaine, Suisse, Hollandaise, Turque, Grecque, Suédoise, Danoise, Norvégienne, Portugaise, Japonaise, Chinoise, Bulgare, Serbe, sont représentées au Parlement Français. Les natifs de ces pays sont devenus électeurs et éligibles chez nous, exercent une influence sur nos assemblées administratives et législatives au profit de leur véritable et première patrie. Ils peuvent faire prendre des déterminations préjudiciables à nos intérêts nationaux, insinuer une mentalité anti-française, tandis que les femmes Françaises, point citoyennes, sont dans l’impossibilité de défendre la France contre ces étrangers.

L’exclusion des droits politiques des femmes contribuables, justiciables qui forment la majorité des Français, est un sabotage des principes patriotiques et républicains qui amoindrit la France et met en péril la République.

Pendant que les députés refusent de faire électeurs les femmes de France, le gouverneur général de l’Afrique Equatoriale française, demande d’admettre sans discussion—par décret—les nègres du Congo à être citoyens, et cette proposition de faire voter les nègres du Congo est immédiatement prise en considération et mise à l’étude par le ministre des Colonies. C’est que les intérêts des nègres du Congo et les intérêts des députés sont connexes; tandis que les intérêts des femmes et les intérêts des députés sont en opposition.

Les noirs du Congo seront faits électeurs, parce qu’en votant, ils augmenteront le nombre des sièges législatifs.

Les femmes ne sont pas admises à voter parce que les députés ne sont point intéressés à ce qu’elles votent. Comptées déjà, contribuant par leur nombre à créer des sièges législatifs, elles ne procureraient pas une place de plus à la Chambre, et en doublant le nombre des électeurs elles rendraient plus difficile d’être élu.

Les noirs des Antilles, de la Guadeloupe, du Sénégal qui ne parlent pas notre langue, qui ne subissent pas nos lois, possèdent depuis longtemps le bulletin de vote.