Ces déceptions bien amères pour sa sensibilité lui arrachaient des plaintes mais n’abattaient pas son courage:
«Si désespérante que soit la lutte et l’isolement, j’ai une foi incroyable, une de ces fois de chrétienne aux bûchers et aux bêtes.»
Pour répandre ses idées et amener les femmes à vouloir leur émancipation, elle fit des conférences à Paris, à Bruxelles et dans d’autres grandes villes de France, sous les auspices des municipalités. La jeune revendicatrice à la tribune, que l’on dépeignait d’un visage agréable avec de grands yeux gris expressifs, faisait passer dans ses paroles la conviction qui l’animait, intéressait les journalistes, qui, tout en discutant, ou plaisantant le Féminisme, suivant leur genre d’esprit, lui faisaient en général une bonne presse. L’un d’eux écrivait dans la France:
«Mlle Hubertine Auclert mérite qu’on la discute sérieusement avec son intelligence et son cœur: c’est une convaincue ardente et loyale, une républicaine égalitaire et enthousiaste. Le rôle subalterne de la femme lui fait horreur. Toute jeune fille, elle se met en campagne, bravement, sans crainte des huées et des sourires, et partout se déploie sa bannière! Justice pour les femmes, égalité pour les deux sexes. Elle a environ vingt-sept ans; sans être jolie, ses traits ont une grande expression d’intelligence et d’énergie; son éloquence est naturelle, son geste sobre, elle parle longtemps sans fatigue, le mot arrive facilement toujours coloré et compréhensible.»
Un autre trouvait que:
«Jamais une femme n’a apporté à la tribune parole plus correcte, argumentation plus serrée; elle ne manque pas de talent, sa parole est douce; Son langage correct et souvent imagé possède l’éloquence que donne une ferme conviction.»
Mais ce qui a dû lui plaire davantage c’est cette appréciation:
«Fait admirablement le siège de la Bastille des Droits de l’homme.»
En juin 1880 dans une conférence tenue rue Oberkampf à Paris, elle répondait à la grande objection: vous n’êtes pas militaire, faite aux femmes qui demandent leurs droits: