«Vous, les hommes vous avez fait la Révolution pour pouvoir voter les impôts que vous payez; nous, les femmes, nous voulons comme vous, payer seulement ce que nous avons voté.—Mais vous n’êtes pas soldats?—Etes-vous mères? L’impôt de la maternité, œuvre nécessaire et sublime, ne peut-il pas entrer en ligne de compte avec l’impôt du sang créé en vue d’une œuvre de destruction?».

A Lille en 1880, elle expose l’état de sujétion où se trouve la femme privée de ses droits:

«La République, dit-on, est le gouvernement de l’égalité, et elle n’a sa raison d’être que si elle est appuyée de la tête à la base sur les principes d’égalité.

«Elle n’existera donc réellement que lorsqu’elle aura proclamé l’égalité de tous et je viens ici, audacieusement peut-être, mais résolument lui demander de reconnaître l’égalité civile et politique de l’homme et de la femme.

«Et quand je parle d’égalité, je la veux pleine et entière.

«Je veux que la République prenne la femme dès sa naissance et qu’elle lui donne le même développement physique, moral, intellectuel et professionnel qu’à l’homme. Je veux que les concours soient ouverts aux individus des deux sexes et que la femme comme l’homme puisse arriver aux emplois les plus hauts de l’Etat.

«La République a déjà fait l’égalité entre le pauvre et le riche, je veux qu’elle agisse de même entre l’homme et la femme.

«La France s’occupe elle-même de son organisation sociale. Dans toutes les grandes villes les programmes se discutent, le mouvement s’accentue d’heure en heure. Je constate avec joie cette activité.

«Mais dans ma joie se mêle la tristesse, pourquoi donc, sur aucun programme aussi modéré, aussi radical soit-il, ne voit-on prendre place la grave question de la revendication des droits de la femme? Et pourtant, n’est-ce pas la femme qui souffre le plus?

«Républicains, en agissant avec un pareil oubli de vos compagnes, vous violentez les principes d’égalité. En 1793 vous avez fait table rase des privilèges de race et de caste qui existaient alors. Aujourd’hui, je viens vous demander de faire table rase des privilèges de sexe qui existent toujours à la honte de la République.