La noblesse utérine exista en France en la période féodale. La mère noble donnait le jour à un fils noble: le père fut-il roturier.

Les Crétois, d’après Platon, nommaient leur patrie d’origine, matrie: combien d’autres peuples primitifs préférant la réalité à la fiction se servaient de ce doux terme, matrie (mère) pour désigner les lieux qu’ils habitaient. Ne serait-il pas plus naturel de dire: la France est ma matrie, ma mère, que: la France est ma patrie, mon père?

Les Touaregs qui habitent le centre du Sahara Africain, ainsi que presque tous les peuples de race berbère, sont régis par le matriarcat. Ils se dénomment en raison de cela Beni-oummia (fils de la mère).

C’est, dit une formule de leur droit traditionnel, «le ventre qui teint l’enfant». Aussi, le fils d’une mère noble et d’un père esclave est noble, le fils d’une mère esclave et d’un père noble, est esclave.

Chez les Beni-oummia la loi salique est renversée. Ce n’est point le fils du chef qui succède à son père, c’est le fils de la sœur de celui-ci.

Même nomade, la femme Targuie est instruite et a partout la première place. Elle discute dans les conseils de la Tribu. Elle a l’administration de l’héritage. Elle seule dispose des tentes, maisons, troupeaux, sources et jardins. Enfin, elle confère, avec la condition sociale, les droits de commandement sur les serfs et les redevances payées par les voyageurs.

On voit que les peuples qui se désintéressent de la paternité, au point de s’appeler «fils de la mère» accordent à la femme, avec l’autorité morale, bien des privilèges et que les Français civilisés auraient beaucoup à apprendre au point de vue féministe, des Touaregs qualifiés de barbares, par ceux qui ne les connaissent pas.

Malgré que les hommes s’efforcent de se le dissimuler, la mère donne à l’enfant son empreinte en dépit de l’école. Nos belles écoles, qui sont à juste titre l’orgueil et l’espoir de la nation, ne cultivent que l’intelligence.

Quand on aura affranchi la dispensatrice de la vie en proclamant l’égalité des sexes devant la loi, les humains ne piétineront plus. Ils courront dans la voie du progrès.

XIX
Les mères et la dépopulation