Enlever à l’homme la moitié de son pouvoir autocratique pour en doter sa compagne. Or la recherche de la paternité tend à un but tout opposé, puisqu’elle concentre dans une seule main l’autorité, en conférant à l’homme, hors du mariage, comme dans le mariage, la qualité de chef de famille.

Emile de Girardin, qui demandait que toute distinction établie par les lois, entre les enfants naturels, adultérins, incestueux, légitimes, fût abolie, voulait que l’enfant porte le nom de sa mère et soit sous son autorité. C’était le matriarcat substitué au patriarcat.

En confondant les mères entre elles, en les reconnaissant également aptes à exercer l’autorité sur leurs enfants et à leur donner leurs noms, le matriarcat empêcherait de distinguer les mères naturelles des autres, et il rendrait les enfants égaux devant l’état-civil.

Bien que la couvade n’existe pas matériellement en France, les Français matricides rendent moralement inexistantes les mères en se substituant à elles, en s’attribuant le mérite de leurs maternités et en retirant honneurs et profits.

La créatrice annulée et écrasée chez nous a exercé ailleurs, en une période de l’évolution humaine, une domination bienfaisante.

Le matriarcat a existé et existe encore dans un certain nombre d’agglomérations humaines.

Dans la Chine antique, avant l’époque de Fohi, disent les anciens livres, les hommes connaissaient leur mère, mais ils ignoraient qui était leur père.

En Asie, les Lyciens prenaient le nom de leur mère et attribuaient l’héritage aux filles.

Dans l’ancienne Egypte, les enfants portaient le nom de leur mère et étaient dirigés par elle. Les femmes d’Egypte, dit Hérodote, vont sur la place publique, se livrent au commerce et à l’industrie pendant que les hommes demeurent à la maison, et y font le travail intérieur. Les femmes, aux portes de l’Egypte, considèrent comme un déshonneur de tisser et de filer.

Les Hurons et les Iroquois prennent le nom de leur mère, et c’est par elle qu’ils comptent leur généalogie. C’est par les femmes que se consiste la nation, la noblesse du sang, l’arbre généalogique, l’ordre des générations et la conservation des familles.