On dit à la fille passive qui a mis au monde un enfant: Ta faute est irrémissible, et l’on voudrait qu’elle ait l’énergie d’une héroïne donnant, son enfant dans les bras, une leçon de morale à la barbarie contemporaine.
A l’homme qui n’épouserait point une fille-mère, de crainte que sa honte ne rejaillisse sur lui, on ne demande point, avant d’en faire un mari, s’il est garçon-père. On le loue d’être père, tandis qu’on soufflette sa coopératrice, du nom de la prostituée:—fille—
«Fille-mère» c’est-à-dire: fille qui joint au vice, la bêtise, puisqu’elle s’est laissée duper.
On voit combien différemment est apprécié le même acte, suivant qu’il est accompli par un sexe ou par l’autre. Les mœurs calquées sur les lois sont défavorables aux femmes parce que les femmes sont exclues des arrangements sociaux.
Les Françaises, qui sont des sacrifiées, de continuelles victimes expiatoires, n’ont qu’un moyen d’avoir justice: c’est de posséder le pouvoir de se faire justice à elles-mêmes, en réformant l’injuste législation.
XXI
Pour les primitifs: l’enfant est une valeur. Pour les civilisés: l’enfant est une charge
De tous les enfants qui naissent, ceux qui appartiennent réellement à la mère, sont ceux que leur père a pu désavouer. Ils ont fait leur entrée dans le monde en dehors de toutes les conventions sociales, et ils sont, en raison de ce dédain des bienséances, qualifiés de naturels.
Etant censé n’avoir pas de pères, ces bâtards échappent à la prise et à la poigne masculine. Ils ne portent point le nom de l’homme, ils ne sont pas sous sa domination.
De sorte que, si la mère non mariée est rabaissée par le préjugé, elle est, par le droit public, véritablement élevée au rang de l’homme, puisque parmi toutes les femmes, c’est la seule mère qui transmet son nom à ses enfants et qui exerce sur eux l’autorité paternelle.
Mais, afin que les Françaises n’ambitionnent pas ces avantages et pour les décider toutes à faire abdication de leur liberté, en même temps que le don de leur chef-d’œuvre, non réalisé: l’enfant, on couvre d’opprobre celles qui ont un bébé en dehors du mariage, et l’innocent est traité en coupable.