Relativement à la mère non mariée et à son fils, nous devrions bien être aussi humains que les peuples que nous asservissons et dépouillons sous prétexte de civiliser. Chez la plupart de nos barbares conquis, il n’y a pas d’enfants naturels, donc pas de mères méprisées.
Dans le sud africain, la négresse esclave est affranchie quand elle a avec son maître appelé à la vie un enfant. Son fils hérite comme ses frères légitimes, il est honoré et elle est nommée l’onen-el-Ouled, la mère de l’enfant.
Pour les primitifs, qui sont plus que nous, avec toute notre suffisance, près de la vérité et de la liberté, l’enfant est une valeur. Tandis que pour les civilisés, écrasés par les obligations anciennes et asservis à tant de besoins nouveaux, l’enfant, sujet de dépense, est moins prisé que le poulain et le veau, source de profits immédiats.
Aussi, voyez s’il y a pour les animaux rétifs, comme pour les enfants indociles, des martinets et des cachots. On craindrait de diminuer les bénéfices que l’on escompte, en privant les poulains et les génisses d’air ou de nourriture, mais torturer les petits humains qui ne sont pas marchandise monnayable, cela ne tire pas à conséquence.
XXII
Les mères plus mal traitées que les animaux reproducteurs
Si la nature, en la chargeant de perpétuer l’espèce humaine, a destiné la femme à être choyée dans les sociétés civilisées, qui se préoccuperont de réaliser le perfectionnement physique et intellectuel des générations, en notre temps si barbare, sous son masque progressif, la femme, parce que paria politique, est moins bien traitée que les animaux.
Dans l’étable, on garnit mieux le râtelier des herbivores féconds, on accorde meilleure ration et meilleure place à la jument, à la vache, à la brebis en état de gestation, car on escompte le profit que l’on tirera de leur produit. Tandis que dans la maison, les femmes enceintes ne sont pas exemptes de soucis matériels.
Le surmenage, les privations imposées par la nécessité de satisfaire aux besoins de leurs premiers-nés, alourdissent le fardeau des génératrices; et les accablées par une sixième maternité ne reçoivent point, comme les chevaux d’omnibus dans les rues de Paris, de renfort pour monter la voie douloureuse qui conduit à l’enfantement.
La future mère, débilitée, ne peut procréer que la souffrance. Ses enfants, mal à l’aise dans son sein, porteront toute leur vie la marque de leur misère originelle.
Pourquoi les hôpitaux sont-ils encombrés de scrofuleux et de rachitiques?