Il est urgent de compléter la loi sur les accidents en assimilant les accidents du travail de la maternité aux autres accidents.

Bien que les femmes estropiées par l’enfantement, soient aussi méritantes que les hommes blessés au champ d’honneur du travail, les députés ne s’apitoient pas sur le malheur des non votantes. Leurs électeurs sont cependant, à titre d’époux, de pères, de frères, très intéressés à ce que leurs compagnes, leurs filles, leurs sœurs soient garanties contre les risques de la maternité et ne viennent pas, par une impotence gagnée en augmentant la population, alourdir leurs charges. Faire indemniser la femme des accidents du travail de la maternité, ce serait souvent empêcher l’homme de vainement se débattre entre une mourante et un berceau, lui permettre de soigner sa compagne.

Il y a, en France des maternités, des asiles pour les femmes enceintes; seulement, on se borne à leur faciliter l’accouchement et l’allaitement. Jusqu’ici, ni les pouvoirs publics, ni les philanthropes ne se sont mis en peine des victimes des accidents de la maternité. Les femmes frappées doivent donc être assimilées aux victimes de tous les autres travaux. Comme les blessés au feu et les blessés à l’usine et au chantier, les blessées en donnant le jour aux humains doivent être indemnisées. Mais, qui devra indemniser des accidents du travail de la maternité?

—Hé! tout naturellement celle pour le compte de laquelle ce travail s’accomplit: la société. C’est la femme qui la perpétue et la renouvelle en créant des enfants.

Les femmes qui ne veulent pas s’occuper de politique, désirent ardemment tous les avantages sociaux que la politique procure. Justement, ce ne sera qu’en conquérant l’électorat et l’éligibilité, qu’elles auront le même poids que l’homme dans la balance qui pèse le mérite des victimes, et qu’elles deviendront aptes à recevoir des indemnités.

Les créatrices d’hommes, ne seront garanties contre les risques qu’elles courent, en donnant la vie, que lorsqu’elles auront conquis le droit de voter l’indemnité maternelle.

XXV
L’enfant, source de profits pour l’homme

Aux mâles rapaces qui occupent toutes les sinécures et de plus en plus accaparent les métiers féminins, se font couturières, modistes, corsetières, essayeurs de jupons, détaillants de rubans, il n’est qu’une profession qui demeure inaccessible: c’est celle d’allaiter les enfants; si, à l’étonnement des mères de famille, les hommes remplissent à l’assistance publique, le rôle de nourrices sèches, ils ne parviennent jamais à être des «nourrices» véritables, à donner à téter aux bébés, attendu, que le biberon naturel leur fait défaut.

On pourrait espérer que la profession qui leur est interdite par la nature et qui assure la conservation des nouveau-nés—l’allaitement naturel diminuant les chances de mort, alors que l’allaitement artificiel les augmente—inspirerait aux hommes, inaptes à nourrir les enfants au sein, quelques considérations ou tout au moins la pensée de protéger ce facteur indispensable de peuplement: la nourrice. Eh bien, le sexe masculin ne s’embarrasse pas des détails sociaux essentiels, qui fixeraient d’abord l’attention des femmes, si elles avaient leur part de pouvoir.

La commission chargée de trouver le moyen de diminuer la mortalité infantile est exclusivement composée d’hommes. On ne comprend pas que faire exister l’enfant, après sa vie utérine, soit rôle de femme. Toute la science, renforcée d’expérience de maternité des doctoresses et des sages-femmes, n’a pu déterminer à les faire rivaliser avec les hommes qui se sont sans vergogne attribué les fonctions de nourrice.