«Par son mariage enfin, elle perd son existence propre et devient, pour ainsi dire, l’accessoire de son mari.

«Si pourtant elle s’est trompée: et si croyant choisir un honnête homme, elle est tombée sur un libertin, sur un débauché, sur un paresseux ou sur un ivrogne?

«Que peut-elle faire? Rien, absolument rien.

«L’homme a tous les droits. Il a un droit absolu sur sa femme. Il peut, s’il le veut, vendre le mobilier, les vêtements, et empocher le salaire[5] ou les titres de rentes de sa femme pour payer sa maîtresse à la seule condition que cette femme demeure derrière la cloison de la chambre conjugale ou au delà du mur mitoyen de votre jardin!

«Cette femme ainsi trompée et avilie, rencontrera peut-être sur le chemin de la vie un honnête homme qui compatira à ses peines.

«Qu’elle se garde bien de l’aimer, car alors, elle sera jugée comme adultère, et si le mari la poignarde, il sera excusé par la loi.

«Eh bien! ceci outrage la justice, et c’est une honte pour la République de laisser ainsi la femme écrasée légalement par l’homme.

«On m’objectera que le divorce, appelé à grands cris par tout le monde, sera pour tous ces abus une porte de sortie.

«Que nenni!

«M. Naquet lui-même dans le projet de loi qu’il a présenté ne met pas l’homme et la femme sur le pied d’égalité dans les demandes d’autorisation en divorce. L’homme peut le réclamer dans certains cas où cela est interdit à la femme.