Les femmes mères n’useront guère de la faculté de rechercher le père de leur enfant, et les procès, que feront les demoiselles ayant beaucoup de toupet, ne leur procureront souvent ni dédommagement moral, ni secours matériels. Il est vrai qu’il permettra au fils naturel de prendre le nom de son auteur, mais on ne voit pas bien quel avantage il y aura pour lui à porter le nom d’un monsieur, qu’Alexandre Dumas a appelé: «un malfaiteur qu’il faut classer entre les voleurs et les assassins».
Cependant, lorsque l’enfant peut rechercher sa mère, il doit, aussi, pouvoir rechercher son père. Seulement, il ne faut pas se dissimuler, que sa légitimation compliquera les difficultés sociales et activera la désagrégation de la famille en augmentant le nombre des divorces. L’épouse qui souffre d’être secrètement trompée, ne voudra pas supporter les infidélités de son mari, démontrées au grand jour par un tribunal.
Les paternités pourront, sans inconvénient, être attribuées aux célibataires. Malheureusement, plus de soixante pour cent des pères naturels, seront des hommes mariés. Alors surgira en même temps que l’intérêt de l’enfant, l’intérêt de l’épouse.
La société peut-elle, sans être certaine de faire le bonheur d’une fille-mère, anéantir le bonheur d’une épouse? ne serait-ce pas une contradiction que d’interdire la bigamie et d’autoriser les nichées simultanées? Les procès en recherche de paternités, transformeront les épouses, en victimes expiatoires de la débauche maritale.
Arrangera-t-on les choses, en faisant résulter des dérèglements d’un homme, trois victimes au lieu de deux? Assurément non.
Puisque les enfants sont rares, n’en perdons aucun, ouvrons l’armoire tournante à ceux que l’on étoufferait, rétablissons les Tours.
En rétablissant les Tours, il faudrait récompenser la maternité clandestine qui s’avoue, c’est-à-dire faire la fille-mère indemnitaire.
Bien mieux qu’un procès au père qui se dérobe, cette solution réhabiliterait la fille-mère et lui permettrait en même temps que de s’élever, de classer socialement son enfant, de lui donner son nom.
La mère naturelle, chef de famille, a une autre situation morale que celle qui se reconnaissant indigne de faire immatriculer dans le registre public l’être auquel elle a donné la vie, s’humilierait à solliciter un patronage masculin. Au moment où il semble si nécessaire d’affranchir la femme de l’homme, de lui donner sa part d’autorité familiale et sociale, il vaudrait mieux attribuer les enfants à la mère, indemniser la maternité que de rechercher la paternité qui renforcera encore l’autocratie masculine, en conférant exclusivement à l’homme—fût-il indigne—les droits de chef de famille hors du mariage comme dans le mariage.
On assurerait facilement l’indemnité maternelle à la fille-mère, en prélevant sur les hommes, une légère contribution qu’ils auraient grand avantage à payer, puisque cet impôt paternel les garantirait des procès en recherche de paternité, suivis souvent, de procès en divorce.