Toutefois, il faut reconnaître, que, si la femme est malheureuse, l’homme ne trouve guère, lui non plus, le bonheur sur la terre où, chacun étant comme muré, il est impossible à l’être humain de satisfaire le plus impérieux de ses instincts, celui de la sociabilité.
Avant que Guy de Maupassant n’ait jeté ce cri désespéré: «L’être moral de chacun de nous, reste éternellement seul par la vie!» Flaubert avait constaté qu’on ne se rencontre qu’en se heurtant et que chacun portant dans ses mains ses entrailles déchirées «accuse l’autre qui ramasse les siennes!»
La souffrance morale qui nous enveloppe tous, résulte surtout de malentendus. Elle pourrait être supprimée. Mais, quand les Français, qui s’efforcent en tant de choses vaines, s’occuperont-ils de substituer dans les relations humaines la franchise à l’hypocrisie, la liberté à la compression, en changeant avec une législation anti-naturelle, des mœurs qui oppriment les faibles, et empêchent les femmes instigatrices de tout bien-être, d’édifier le bonheur dans la société?
La civilisation, ce grattage de la rugosité barbare qui a pour résultat la mise à vif de l’épiderme moral, rend les rapports humains déjà difficiles.
Plus les êtres sont délicats et sensibles, plus ils ont besoin de s’adapter au milieu social ne les meurtrissant pas, et de prévenir les heurts individuels.
Or, après avoir élevé l’homme et la femme très différemment et armé légalement, celui-ci contre celle-là, on les unit ou plutôt on les projette l’un contre l’autre. Le choc est violent, la lutte est courte. D’un tour de main l’homme terrasse la femme et lui dit: «Maintenant, obéis!»
Les individus les plus ignares, en venant de se marier, sont «de mauvaises bêtes dressées à terroriser les autres»; dressées non par l’éducation, par la loi qui leur dit: «Tu es tout, la femme n’est rien. Elle a le devoir de t’obéir comme à un maître, tu as le droit de la tuer comme un chien!»
Comment veut-on, que le mari ainsi stylé ait de bons procédés envers sa compagne! Ne serait-ce pas bien plus naturel que la loi dise à l’homme: «Ton épouse et toi, vous êtes devant moi, égaux. Votre devoir est de vous aimer, mutuellement, beaucoup et de vous rendre heureux le plus possible».
Le mariage est un coupe-gorge où très légalement l’homme dépouille sa femme de son argent et de sa part de bonheur.
Pour que la loi soit équitable et impartiale pour toute l’espèce humaine, il faut qu’elle soit faite par toute l’espèce humaine, par la femme comme par l’homme; alors, au lieu d’être impitoyable elle aura la douceur des lisières dont les mères se servent pour prévenir les faux pas des enfants.