On conçoit les transes de ces condamnées qui se meuvent dans la vie en éprouvant toutes les affres de la mort. Valides, elles ne peuvent se soustraire à leur agonie, car, si elles essayent d’y échapper, elles avancent leur dernière heure. D’ailleurs, où iraient-elles? Elles portent avec elles la terreur qui fait se refroidir les cœurs et se fermer les portes. On ne veut point, pour les protéger, être sujet à représailles. La peur qui rend lâche, laisse les martyres à la merci de leurs bourreaux.
La férocité envers les femmes stimule en l’humanité les instincts sanguinaires et rend sauvages les foules.
Pour les motifs les plus futiles, les humains finiraient par mutuellement s’exterminer, si l’on ne mettait un frein à la cruauté envers la femme, qui engendre toutes les autres cruautés et fait de l’homme un fauve pour ses semblables.
Puisque les députés ne se préoccupent point d’assurer la sécurité des femmes, qu’ils leur donnent le pouvoir de se protéger elles-mêmes en faisant des lois qui leur permettent d’opposer le droit à la force brutale, de frapper sans pitié ceux qui se font un jeu de les tuer. La loi équitable ramènera l’homme, qui sait avoir quand il le veut tant de circonspection, à être après le mariage, pour l’associée qu’il a intérêt à conserver, ce qu’il était avant les noces pour la fiancée qu’il s’agissait de conquérir.
Devant son égale, l’homme réprimera la férocité que la loi a développée en lui et du loyer pacifié sortiront des êtres doux qui feront succéder à la discorde l’entente et l’harmonie.
La passion des hommes pour les querelles et les batailles ne sera maîtrisée que par la femme ayant le pouvoir d’opposer à l’emportement masculin sa douceur native, sa volonté pacificatrice.
Puisque la justice envers les femmes procurera l’apaisement entre les individus et entre les peuples, pourquoi les Français sont-ils assez ennemis d’eux-mêmes pour en ajourner l’avènement? Et pour pouvoir se conserver, le mariage devra faire s’asseoir égaux l’époux et l’épouse au foyer conjugal.
Au moment où la loi a consacré l’autorité maritale, tout découlait du principe d’autorité, tout y remontait; tandis qu’aujourd’hui ce principe a été partout culbuté. Dans l’Etat, il n’y a plus qu’une autorité temporaire, que le peuple à son gré octroie. Dans la famille, le petit enfant a plus d’autorité que l’ancêtre.
Sur l’amoncellement des sceptres brisés, le mari ne peut cependant pas avoir la prétention de tenir haut le sien et ainsi d’échapper à l’universelle destruction des choses usées.
Avant qu’on ne l’ait éloquemment proclamé, tous ceux qui connaissent la femme, savaient qu’elle était dans ses différentes conditions sociales, malheureuse. Personne n’ignore que l’hétaïre a des nausées, que l’épouse, souvent, de s’être mariée, se mord les doigts, que la célibataire, morte-vivante, aspire à l’anéantissement libérateur.