Dans les «Femmes Arabes», elle intéresse aussi la France conquérante à ce peuple Arabe si intelligent et si brave qu’elle a soumis, et qui est sacrifié à un petit nombre de colons. Elle pensait que le temps était venu pour lui d’être fait citoyen Français.
Pendant son séjour en Algérie, sa collaboratrice qui avait accepté de continuer la publication de La Citoyenne pendant son absence,—absence qu’elle espérait courte, croyant revenir bientôt dans ce Paris qu’elle aimait et qu’elle n’avait quitté que par dévouement à son mari—ne tint pas sa parole. Elle aima mieux fonder un autre journal avec un autre titre.
Ne pouvant continuer La Citoyenne loin des facilités qu’elle trouvait à Paris, sa disparition causa à la courageuse féministe une peine très vive. Elle sentait combien ce propagateur des idées d’émancipation féminine allait manquer à la cause qu’elle soutenait. Cette cause était sa vie. Si bien qu’elle pouvait répondre à un interviewer qui lui demandait, comme à d’autres personnalités; quelle avait été la plus grande joie de sa vie:
«Ma plus grande joie a été d’entendre applaudir à une revendication du pouvoir politique pour les femmes, et de croire que ma force de volonté hâterait l’affranchissement féminin».
Lorsqu’elle revint à Paris en 1892, après la mort de son mari qui lui laissa un vide cruel, comme on lui demandait pourquoi elle s’était logée dans un quartier si triste, près d’un cimetière, elle répondit: Cette tristesse répond à mon état d’âme: mon mari est enterré au Père Lachaise, je ne veux pas le quitter. Il partageait mes idées, il fut l’ami, le camarade, en même temps, le mari affectueux et tendre.
Elle trouva un peu de consolation dans sa solitude à s’occuper de ceux qui souffrent. Elle groupa autour d’elle quelques âmes charitables qui prirent le nom de Tuteurs des Pauvres. Avec leurs cotisations on secourait les pauvres honteux qui sont légions dans notre beau Paris.
On lisait dans le préambule des statuts:
«Il faut que les hommes et les femmes de cœur s’entendent pour sectionner Paris et pour s’imposer la mission de rechercher avec une maternelle sollicitude les désespérés, non seulement dans chaque quartier, dans chaque rue mais dans chaque maison.»
C’était, on le voit, sa conception de décentralisation de l’assistance publique qui permettrait de soulager les misères pressantes et véritables.