«Avec les terribles engins destructeurs existants et les forces imposantes des deux côtés, la guerre qui se prépare ne peut être qu’une guerre d’extermination d’où le vaincu sortira, non pas blessé, mais mort. Sous peine de perdre notre nom de Français, il faut que nous vainquions et nous vaincrons si les femmes suivent les hommes à la frontière.

«En cas de guerre, non seulement les hommes doivent partir, mais toutes les femmes sans enfants doivent partir aussi. On se souvient des services que les femmes ont rendu en 1870. Quelques-unes ont traversé jusqu’à dix fois les lignes prussiennes pour porter des dépêches. Dans les forteresses, sur les champs de bataille, dans les ambulances, elles seront avantageusement employées. Elles pourront remplacer dans beaucoup de fonctions les hommes capables de combattre et ainsi empêcher de distraire nombre de soldats combattants.

«Ce pays qui doit à une femme, Jeanne d’Arc, d’avoir une existence propre doit aux heures désespérées considérer comme une sauvegarde la présence des femmes dans l’armée.

«Si en temps de paix nous réclamons l’égalité avec l’homme devant la loi et devant le droit, en temps de guerre, nous voulons l’égalité avec l’homme devant la défense du territoire. Si par malheur la France est un jour envahie, toute femme valide et sans enfants aura ce jour-là, autant que l’homme, devoir envers la Patrie. Elles s’occuperont des approvisionnements, elles donneront des secours immédiats aux blessés; enfin elles prépareront à nos braves soldats la soupe et le café.

«Dans le corps de fonctionnaires militaires chargés de l’administration et de la comptabilité de la guerre on pourrait, au grand bénéfice de nos effectifs, substituer les femmes aux hommes.

«Il faut que les sauvages Allemands qui veulent nous faire la guerre sachent bien que derrière les hommes de France, ils trouveront à la frontière les femmes prêtes à combattre, prêtes à mourir pour garder à la patrie française sa gloire et son intégralité.»

Son intuition lui avait tout révélé: la guerre d’extermination, notre obligation de vaincre; les femmes employées par milliers au ministère de la guerre pour remplacer des combattants; dans les usines, où elles firent merveille; dans les bureaux; dans les transports, partout, elles donnèrent satisfaction. De même les infirmières qui ont eu un rôle admirable dans les ambulances, et les femmes des pays envahis qui ont supporté si courageusement l’occupation de leur pays par les barbares modernes qui ne leur ont épargné aucune privation, ni aucune injure.

Le 8 avril 1914 elle mourut. Les féministes l’accompagnèrent à sa dernière demeure au Père-Lachaise. Les oratrices rappelèrent sur sa tombe ses luttes pour arriver à implanter dans l’esprit de ses contemporains l’idée que la femme avait les mêmes droits que l’homme à faire les lois de son pays et à le gouverner.

Alfred Capus a évoqué son souvenir dans le Figaro du 13 avril 1914:

«La question du suffrage des Femmes fut posée pour la première fois avec un certain tapage, par Mme Hubertine Auclert-Lévrier dont la mort vient d’évoquer cette lointaine époque. Une jeune personne avec de grands yeux noirs, le teint chaud, de beaux traits un peu durs et, en toute sa physionomie, une sorte d’énergie timide. Tel est le souvenir que je retrouve de celle qui s’appelait alors Hubertine Auclert. Elle avait tout ce qu’il faut pour voter, mais elle ne manquait point cependant de finesse dans son exubérance ni de tact; et quoique atteinte de bonne heure de féminisme intégral, elle ne cherchait pas le scandale et passait pour avoir des mœurs pures».