Les habitants de la France sont 38 millions 961 mille et les électeurs 11 millions 787 mille. Or, tant que les électeurs sont représentés, il est inutile de donner une représentation fictive aux Françaises, qui ne peuvent avoir leurs intérêts défendus par des législateurs auxquels elles n’ont pas conféré de mandats.
Avant le scrutin de liste, avant la représentation proportionnelle, la représentation intégrale de la nation doit d’abord être assurée par le droit octroyé aux françaises de se faire représenter dans les assemblées administratives et législatives.
Les femmes ont dans toutes les sphères de l’activité humaine d’importants intérêts engagés. Eh bien, tous ces intérêts sont laissés à l’abandon, les femmes n’ayant au Parlement personne pour les défendre.
Tant que les femmes ne votent pas, le parlement n’est pas l’image du pays. Il ne représente pas le complet élément national et ne fournit à la France qu’une représentation défigurée.
Pour que la représentation de la France soit la synthèse organique de toutes les forces vives de la Patrie habitée par des hommes et des femmes, il faut qu’elle soit composée de femmes et d’hommes.
Ni l’âme française, ni l’esprit français, ni tous les intérêts français ne sont complètement représentés au parlement tant que les femmes n’ont pas de mandataires à la Chambre et au Sénat.
Toute la volonté, toute l’énergie, toutes les facultés intellectuelles françaises ne fonctionnent pas, n’agissent pas, la représentation nationale est faussée tant que les femmes sont laissées sans représentants.
Entre la représentation restreinte aux hommes et la représentation intégrale des majeurs des deux sexes qui constituent la nation, il n’y a pas à hésiter.
Exempte-t-on des charges et des pénalités les femmes que l’on exclut des droits? Non.
Défalquera-t-on les femmes des hommes lorsqu’il s’agira d’appliquer l’impôt sur le revenu? Non.