Pourquoi, alors, défalque-t-on les femmes des hommes quand il s’agit de conférer des mandats administratifs et législatifs.
Pour procéder ainsi, on ne peut alléguer l’indignité du sexe féminin, car même les hommes incapables de se conduire, qui sont pourvus d’un conseil judiciaire, restent électeurs et éligibles, représentés et représentants. Il y a à la Chambre des interdits, auxquels on a ôté la libre disposition de leurs biens propres, pour leur donner la libre disposition de la fortune publique.
Quand les interdits eux-mêmes peuvent faire la loi en les salles de vote et au Palais-Bourbon, est-il admissible que les femmes de haute valeur morale et intellectuelle, qui se distinguent dans les sciences, les lettres, les arts, le commerce, l’industrie soient tenues hors du droit commun politique?
La loi électorale doit se dégager de l’imposture du mensonge, elle doit universaliser aux femmes le suffrage et ainsi assurer la représentation intégrale de la nation formée d’hommes et de femmes.
Rien n’est moins universel que le suffrage baptisé ainsi puisqu’il exclut avec toutes les femmes, les hommes militaires, les hommes condamnés, les hommes absents de leur domicile ou non résidents depuis six mois.
Pour rendre le suffrage réellement universel il faut faire voter les françaises comme les français.
Les femmes soumises à l’impôt doivent en contrôler l’emploi afin de n’être point lésées. Les femmes soumises aux lois doivent contribuer à les faire afin de ne point en être victimes.
Les hommes qui ne parviennent point à hisser au pouvoir leurs candidats souffrent peu dans leurs intérêts, car par le fait de la solidarité de sexe, les non représentés bénéficient de la loi faite pour tout le sexe masculin; tandis que les femmes sont sacrifiées tant que le sexe féminin n’est pas représenté à la chambre parce que les lois faites par les hommes pour les hommes sont faites contre les femmes.
De même que des ministres ont longtemps empêché de voter la loi sur le divorce en disant que le divorce intéressait peu les hommes puisqu’ils peuvent librement pratiquer l’adultère, des ministres empêchent de voter les droits politiques des femmes en rappelant aux hommes qu’ils sont eux pourvus des droits politiques, que dès lors la réforme n’offre nul intérêt.
Cependant, on ne changera l’orientation du pays, qu’en faisant intervenir les femmes dans les affaires publiques, car quand les femmes voteront, les révolutionnaires ne formeront pas comme maintenant la presque totalité des électeurs, et les riches candidats ne seront pas dans l’obligation d’adopter leur programme pour se faire agréer par eux.