Par affranchissement civil de la femme, en un mot, on entend l’abrogation de toutes les lois d’exception qui dégagent les hommes des responsabilités et chargent les femmes des plus lourds fardeaux.

Quels sont ceux qui peuvent abroger les lois iniques qui oppriment les femmes dans la vie civile?

Ce sont les électeurs et les législateurs, c’est-à-dire, ceux-là seuls qui font ou qui commandent de faire les lois. Voilà un point bien établi.

Maintenant, qu’est-ce que l’affranchissement politique de la femme?

C’est l’avènement de la femme au droit qui confère le pouvoir de faire les lois, par soi-même si l’on est élu député, par délégation si l’on est électeur.

Donc il est de toute évidence que le droit politique est pour la femme la clef de voûte qui lui donnera tous les autres droits.

Quand les femmes pourront intervenir dans les affaires publiques, leur premier soin sera de réprimer l’injuste législation. Leur premier acte sera d’user du droit qu’elles auront de changer leur sort.

Mais tant que la femme n’a pas le pouvoir d’infirmer les lois qui l’oppriment, sur qui compterait-elle pour le faire?

Sur l’homme?

Eh! c’est l’homme qui a établi les lois actuelles et ces lois ne le gênent pas, bien au contraire. Elles lui donnent toutes facilités pour nous gêner. Aussi, au lieu de supprimer ces lois qui rendent la femme esclave, l’homme s’occupe d’en créer qui élargissent encore son horizon. Dans ce pays où l’on compte dix-neuf millions de souverains—les hommes—et dix-neuf millions et plus d’esclaves—les femmes—les réformes que les hommes regardent comme essentielles sont des réformes qui leur octroient de nouveaux privilèges.