Ceci fait, qu’il est hors de doute pour nous, que tant que la femme ne possédera pas cette arme—le vote—elle subira le régime du droit masculin. Tous ses efforts seront vains pour conquérir ses libertés civiles et économiques.
Ce qu’il faut aux femmes pour s’affranchir de la tyrannie masculine—faite loi—c’est la possession de leur part de souveraineté; c’est la qualité de citoyenne française; c’est le bulletin de vote.
La femme citoyenne, c’est-à-dire la femme investie des plus hauts droits sociaux, aura par la liberté, sa dignité rehaussée, par le sentiment de sa responsabilité, son caractère augmenté.
La femme citoyenne se relèvera promptement de sa fâcheuse situation économique. L’Etat et la législation ne l’inférioriseront plus. L’instruction de la femme étant comme celle de l’homme essentiellement utilitaire, toutes les carrières, toutes les professions lui seront accessibles, et, quelque soit son travail, la femme ne le verra plus déprécié sous le prétexte ridicule qu’il émane d’une femme.
La femme investie des plus hauts droits sociaux, la femme citoyenne quintuplera l’efficacité de son influence maternelle; elle aura le pouvoir de doter les générations d’une si grande hauteur de vues morales, que dans les rapports humains, la fraternité se substituera à l’égoïsme, et dans la société—l’harmonie—aux tiraillements actuels.
Tant que la femme n’aura pas le pouvoir d’intervenir partout où ses intérêts sont en jeu pour les défendre, un changement dans la condition politique ou économique de la société ne remédierait pas à son sort. Nous pouvons appuyer cette allégation par des faits. Depuis un siècle, plusieurs révolutions politiques ont eu lieu. Les femmes s’y sont plus ou moins mêlées. Elles ont partagé les dangers de la bataille, mais elles n’ont eu de la victoire ou de la défaite des opinions qui divisent les hommes, aucun avantage.
Un changement de l’ordre social économique n’affranchirait pas la femme, car bien que tous les jours la question économique soit résolue pour un petit nombre de personnes, la condition de la femme est chez les favorisés de la fortune, le lendemain, le même que la veille. Il y a en France des femmes pauvres et des femmes millionnaires. Eh bien! les femmes millionnaires sont soumises aux mêmes lois tyranniques que les femmes pauvres. Toutes les femmes souffrent ou peuvent souffrir de la législation actuelle.
Donc toutes les femmes de quelque opinion et de quelque condition qu’elles soient, toutes les femmes sont intéressées à posséder le pouvoir d’abroger les lois qui les infériorisent et les asservissent.
La puissance du vote