Avant de réfuter les objections qu’on oppose à l’électorat et à l’éligibilité de la femme, il est important de montrer la valeur des droits civiques afin qu’éclairées sur le pouvoir que leur donnerait la possession de ces droits pour s’affranchir, les femmes emploient toute leur énergie à la conquérir.

Démontrons tout d’abord que le petit carré de papier qu’on appelle un bulletin de vote, est bien réellement pour chacun de ceux qui le possèdent, une part de puissance nationale, une part de domination, une part d’autorité qui fait loi.

Les législateurs sont pleins de condescendance pour le moindre de leurs électeurs, parce qu’ils savent le nombre de voix qu’il leur faut pour être député et que mécontenter un seul électeur, perdre une seule voix, ce serait diminuer leur chance d’être réélus.

La puissance électorale s’affirme donc dans le désir qu’ont les députés de donner en toutes choses satisfaction à leurs mandants. Même pour leurs affaires privées, les hommes peuvent obtenir des avantages par la simple autorité de leur vote.

La puissance du vote s’affirme dans le pacte contracté entre les mandataires et les mandants influents. Tout le monde a remarqué le nombre énorme de déplacements de fonctionnaires mâles aux lendemains d’élections: c’est l’accomplissement des promesses faites qui se réalisent. Les Députés s’empressent d’obtenir de l’avancement pour les instituteurs qui les ont servis, qui peuvent encore les servir dans les futures élections.

Mais ils ne s’occupent pas de donner de l’avancement aux femmes, aux institutrices, parce que les institutrices ne sont pas électeurs et ne peuvent, par conséquent, jouir d’influences électorales.

Enfin la puissance du vote s’affirme dans la faveur qui est attachée à la carte d’électeur. Un homme peut se présenter n’importe où sur le visa de ce certificat d’honorabilité—la carte d’électeur—il est partout bien accueilli.

Tandis que les femmes n’étant pas électeurs sont convaincues d’indignité et exclues comme des aventurières de toutes les assemblées politiques sérieuses. Quand, pour des réunions, des conférences, des tenues blanches, des banquets, les hommes veulent bien se départir, envers les femmes, de leur système d’exclusion et les honorer du: «Les Dames sont admises», soyez tranquille. Ce n’est pas par intérêt pour elles qu’on les invite; c’est par intérêt pour les recettes.

L’électorat est pour celui qui le possède un véritable droit de souveraineté. Certes, les hommes sont loin d’avoir su utiliser ce droit de souveraineté. Mais, parce que ce levier, ce talisman,—le vote—est resté infructueux dans leurs mains, ils ne sont pas reçus à dire aux femmes que le droit électoral est une non-valeur, une duperie qu’elles ne doivent ni envier ni réclamer parce qu’il ne saurait rien leur procurer.

Les femmes savent d’ordinaire bien mieux que les hommes tirer parti de ce qui leur appartient.