On a tous les jours dans l’ordre social économique cet exemple sous les yeux: Deux individus, un homme et une femme, ont pour le même laps de temps, la même somme d’argent à dépenser. Avec cette somme, invariablement, la femme trouvera le moyen d’être aisée, l’homme le moyen d’être pauvre.

Ce qui existe dans l’ordre économique existera dans l’ordre politique. Le pouvoir souverain, qui a peu de valeur dans la main de l’homme, sera un moteur puissant dans la main de la femme.

Si avec sa souveraineté électorale, l’homme n’a pas su faire une organisation sociale plus harmonique, qu’il ne s’en prenne donc pas au vote. Qu’il s’en prenne à lui-même qui n’a pas su utiliser son vote. Qu’il se dise que le suffrage restreint aux hommes ne pourra jamais produire les résultats d’un suffrage véritablement universel!

Nous sommes fondé à croire que l’homme a conscience de son incapacité utilisatrice du pouvoir qu’il possède. Sans cela, lui qui dénie tant au vote sa valeur, réclamerait-il si haut, quand pour un motif quelconque, il est exclu du corps électoral.

Si le droit électoral était une non-valeur, dans les pays où ce droit n’existe pas, ou existe avec des restrictions, les hommes de toutes les opinions le revendiqueraient-ils?

Si le suffrage était un leurre, les socialistes feraient-ils dans tous les pays où il n’existe pas, l’agitation en faveur du suffrage universel, si le suffrage universel n’était pas l’espoir sur lequel ils fondent toutes les espérances de réformes.

Si le droit de suffrage ne conférait pas un vrai pouvoir, y aurait-il eu un mouvement si considérable chez tant de peuples en faveur du suffrage universel?

Non, non, les hommes de tous ces pays ne se trompent pas; le suffrage est bien réellement pour tous ceux qui le possèdent le droit d’avoir la main au gouvernail.

Pourquoi donc conseille-t-on aux femmes—les femmes ont plus besoin que n’importe quel homme d’avoir la main au gouvernail pour infirmer les lois qui les oppriment—pourquoi donc conseille-on aux femmes de se désintéresser du droit de suffrage?

Ce qui est bon pour un sexe serait-il mauvais pour l’autre? Que les femmes se méfient de ces faux conseils.