Les hommes qui sont occupés du seul intérêt des hommes, voudraient que les femmes se préoccupent aussi du seul intérêt masculin—oh! ils couvrent leur égoïsme de fleurs, ils appellent l’intérêt de l’homme, l’intérêt de l’humanité—et les femmes, ces généreuses, se laissent prendre à ce stratagème. Elles se détournent de leur objectif—leurs droits—elles aident aux hommes à s’arroger d’autres privilèges et se font ainsi insoucieusement les instruments de leur propre esclavage. Car il est à remarquer que plus l’homme s’élève, plus il écrase la femme du poids de son despotisme.

Dans cette société tout entière organisée contre elles, les femmes n’ont pas d’autres moyens d’avoir justice que d’obtenir le pouvoir de se faire justice à elles-mêmes en participant à la confection des lois.

Les femmes n’ont pas d’autres moyens que le suffrage pour obtenir leur place au soleil, l’autonomie de leur personne et la libre disposition de ce qui leur appartient.


Cri d’alarme

L’analogie qu’il y a en France, entre la situation économique et politique d’aujourd’hui et celle d’il y a un siècle, frappe les moins clairvoyants.

Les pouvoirs publics n’ont plus ni prestige, ni autorité. Bien qu’on ait fortement escompté la fortune des futures générations, la caisse nationale est dilapidée par l’imprévoyance et le gaspillage masculin, et la France est comme il y a un siècle, acculée à la banqueroute.

Comme en 1789 le peuple qui veut la fin du favoritisme et du désordre, demande à grands cris des réformes; mais pas plus que le roi Louis XVI, les 800 dictateurs qui siègent à la Chambre et au Sénat ne peuvent, ni ne veulent, faire ces réformes. De là, aujourd’hui comme il y a cent ans, l’universel mécontentement de la nation.

Le gouvernement a bien changé d’étiquette. Mais notre République, au lieu d’aider les petits à acquérir leur plus-value, n’est, comme la monarchie d’alors, qu’ouverte aux favorisés de la fortune. Et en leurrant tous et toutes de promesses, elle ne donne rien en définitive qu’à ceux qui n’ont besoin de rien.

Les hommes au pouvoir se querellent, non pas comme ils essaient de le faire croire pour leurs opinions. Ils se querellent pour leurs intérêts. Ce qui le démontre bien, c’est que quand il s’agit de la moindre réforme, la plupart des républicains emboîtent le pas aux réactionnaires.