HUBERTINE AUCLERT
Originaire du Bourbonnais, Hubertine Auclert, était née le 10 avril 1848, à Tilly, commune de Saint-Priest-en-Murat, Allier, une propriété de ses parents: la cinquième de leurs sept enfants.
Dès ses premières années elle fait preuve d’une intelligence précoce; son esprit vif s’intéresse à tout: la cause des faibles la passionne et l’injustice la révolte. On trouve en germe chez l’enfant les généreux sentiments qui devaient inspirer sa vie.
A ce moment déjà, se manifestait chez la petite fille des dons précieux. On admire la façon dont elle habille ses poupées, l’habileté avec laquelle elle sait tirer parti du moindre morceau de moire ou de taffetas pour leur confectionner de belles robes imitant celle des dames. Elle brodait aussi merveilleusement et s’intéressait à tous les détails d’un intérieur. Elle acquiert ainsi toutes les qualités d’une maîtresse de maison accomplie.
A vingt ans, sa fermeté d’âme lui permit de soutenir avantageusement ses intérêts matériels et plus tard, d’orienter le féminisme vers le vote, conviction qu’elle défendit avec une remarquable ténacité.
Si l’on naît féministe, comme on l’a dit, elle avait toutes les qualités pour en devenir l’apôtre.
C’était bien elle la féministe ainsi qu’elle l’a définie: la femme qui a devancé son temps, la femme complète.
Sa sensibilité extrême lui faisait ressentir la souffrance des autres. Elle fut frappée du danger de la soumission légale de la femme à l’homme, qui se rend bien compte du pouvoir que la loi lui donne sur sa femme dans le mariage. Pouvoir qu’il outrepasse, s’il est violent jusqu’à la frapper, puisque la majorité des divorces sont causés par les sévices du mari:
«Je suis presque de naissance une révoltée contre l’écrasement féminin, disait-elle, tant la brutalité de l’homme envers la femme dont mon enfance avait été épouvantée, m’a de bonne heure préparée à revendiquer pour mon sexe l’indépendance et la considération.»