Pendant la guerre de 1870, accompagnée par une femme ayant les mêmes sentiments généreux, elle quêta dans sa petite ville pour apporter un peu de bien-être à nos soldats, comme on l’a fait pendant la Grande Guerre sous tant de formes différentes. Mais alors, on s’étonna de l’initiative de la jeune fille; on n’avait pas encore compris le sentiment délicat de s’occuper de ceux qui souffrent pour la Patrie.

Ne pouvant soigner les blessés—l’organisation de la Croix-Rouge étant peu développée à cette époque, avait peu de sections en province—elle se dévoua auprès des victimes de l’épidémie de variole qui s’ajoutait aux maux de la défaite.

La proclamation de la République au 4 septembre excita son enthousiasme. Elle voyait la France régénérée par ce gouvernement de tous, qui ne devait laisser subsister ni une misère, ni une injustice.

Un 14 juillet elle écrivait:

«Je n’illumine pas, je ne pavoise pas, il faut bien être logique. De par mon sexe assujetti je dois me tenir à l’écart de la joie comme je suis tenue à l’écart du droit. Mais comme je suis privée de m’abstenir de témoigner mon adoration à mes deux idoles: ma patrie et ma république. O ces airs nationaux comme ils me transportent; et ces jolies couleurs de France! que c’est beau. O ma patrie il faut bien que tu sois incomparable pour que je préfère vivre en esclave chez toi que libre ailleurs.»

C’est à ce moment qu’elle lut dans les journaux, le compte rendu des discours prononcés aux banquets qu’organisait Léon Richer fondateur et directeur de l’Avenir des Femmes, où collaborait Maria Deraismes.

«Ce sont les échos des discours prononcés aux banquets périodiques organisés par Léon Richer qui, presque à ma sortie du couvent m’ont fait venir du Bourbonnais à Paris combattre pour la liberté de mon sexe.»

Les idées qui y étaient émises lui semblaient avoir toujours été les siennes: combattre pour la libération de son sexe fut pour elle l’indication de la voie qu’elle devait suivre. Elle était orpheline et indépendante au point de vue économique; elle vint à Paris pour se mêler à ceux qui travaillaient pour que les femmes aient leurs droits. Dès ce temps elle put dire:

«Ma vie est peu importante, tout y est calme et d’une parfaite simplicité; pas d’accident, pas d’aventures, une existence de recluse. Je me suis faite justicière, non par goût mais par devoir. Voyant que personne n’osait entreprendre ce que je veux qui soit tenté, j’ai vaincu ma timidité excessive et je suis partie en guerre sans peur comme le chevalier Bayard, parce que comme lui j’étais sans reproche.»

Très sociable, elle fut bien accueillie dans le milieu qui combattait pour que justice soit faite aux femmes.